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"Erdogan, une chance pour la Turquie ?"
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narine
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Inscrit le: 24 Jan 2007
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MessagePosté le: 15 Juil 2013 19:10    Sujet du message: Répondre en citant

Le bilan de résistance à Istanbul : 1047 garde à vue, 34311 demande d’aide juridique, plus de 40 arrestations.
Guillaume Perrier voudrait présenter Erdogan comme un leader ambitieux voulant ressembler à Ataturk, mais il n’a surement pas lu ces quinze pages de ce site.
Oui, quelle malchance qu’Erdogan pour la Turquie!? Frères Musulmans, Qatar, Arabie saoudite, Europe, Etats-Unis… Il ne sait plus à quelle porte frapper !
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SelimIII
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MessagePosté le: 20 Juil 2013 16:49    Sujet du message: Répondre en citant

Quelle chance !

SelimIII a écrit:
Citation:
“Türkiye’de dört kiþi polise þiddet uygularken ölüyor. Twitter, Facebok’larla, dünyanýn altýný üstüne getiriyorlar, Mýsýr’da 53 kiþi namaz kýlarken öldürülüyor, dünya sessiz”


Voilà ce qu'il peut dire le chef du gouvernement turc alors qu'en ce moment il doit jeûner en plein Ramadan!

En Turquie 4 personnes trouvent la mort en pratiquant la violence contre la police, ils mettent le monde sens dessus dessous par les Twitter, Facebook alors qu'En Egypte 53 personnes sont tuées pendant qu'il priaient, le monde reste silencieux.
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cengiz-han
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MessagePosté le: 19 Sep 2013 1:44    Sujet du message: Répondre en citant

voir aussi :

Etat des lieux de la Turquie d’Erdogan
Par Ferit Ergil, journaliste indépendant à Istanbul © Metula News Agency

http://bit.ly/19f9HNL
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SelimIII
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MessagePosté le: 02 Oct 2013 10:31    Sujet du message: Répondre en citant

Une nouvelle preuve que Erdogan est une chance pour la Turquie !

Il annonce depuis plusieurs jours qu'il va dévoiler son nième "paquet de démocratisation" (mesures soit disant pour renforcer la démocratie) lors d'une conférence de presse.

Et ce jour la quasi totalité des journalistes de l'opposition (à part Cumhuriyet) ont été refoulé de la porte. Donc Monsieur tout en démocratisant la Turquie ne veut même pas voir des journalistes qui lui montrent une opposition.
Et à la fin de ses déclaration il annonce qu'il ne veut pas de questions...

Voilà la conception de démocratie d'Erdogan! Rien d'étonnant, pour lui la démocratie est un tram à abandonner à l'arrêt ciblé et se résume à la votation tous les 5 ans...

D'autant plus que les listes électorales deviennent de plus en plus opaque, la Haute autorité des élections refuse de répondre à la question posée par l'opposition au gouvernement...

Quelle chance pour la Turquie.
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SelimIII
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MessagePosté le: 24 Oct 2013 12:46    Sujet du message: Répondre en citant

Erdogan une chance pour la Turquie ?

Oui avec un leader qui comprend ce qu'il veut de la démocratie et de la civilisation mais aussi de la religion...

Démocratie > dictat de la majorité sans retenue

Civilisation > route pour les voitures quitte à arracher les arbres et la forêt...

Religion > lui il est pour arracher les arbres pour construire une route alors le Prophète préconise à planter la pépinière même si on sait que la fin du monde arrive...

C'est çà la chance?
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Cuneytbelmondo
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MessagePosté le: 25 Oct 2013 1:01    Sujet du message: Répondre en citant

SelimIII a écrit:
Erdogan une chance pour la Turquie ?

Oui avec un leader qui comprend ce qu'il veut de la démocratie et de la civilisation mais aussi de la religion...

Démocratie > dictat de la majorité sans retenue

Civilisation > route pour les voitures quitte à arracher les arbres et la forêt...

Religion > lui il est pour arracher les arbres pour construire une route alors le Prophète préconise à planter la pépinière même si on sait que la fin du monde arrive...

C'est çà la chance?


Absolument, vous n'avez pas remarqué qu'à Istanbul il n'y a pas d'espace vert, très peu de verdure sauf sur les bords de route!!! Smile Les abords des routes à Istanbul sont de vrais luxueux parks botaniques lque l'on regarde de sa voiture sans pouvoir toucher.
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Raskolnikoff
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MessagePosté le: 25 Oct 2013 9:22    Sujet du message: Répondre en citant



http://www.economist.com/news/europe/21588432-next-week-marks-opening-grand-new-tunnel-under-bosphorus-sultans-dream?zid=307&ah=5e80419d1bc9821ebe173f4f0f060a07

Economist: Sultan'ýn Hayali
25 Ekim 2013 Cuma 09:39
Economist dergisi, bu haftaki sayýsýnda "Sultan'ýn Hayali" baþlýklý makalede, gelecek hafta açýlacak Marmaray tüp geçit projesini konu alýyor.

http://www.yurtgazetesi.com.tr/gundem/economist-sultanin-hayali-h43652.html



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MessagePosté le: 25 Oct 2013 9:40    Sujet du message: Répondre en citant




The Economist
Turkey’s infrastructure
The sultan’s dream
Next week marks the opening of a grand new tunnel under the Bosphorus
Oct 26th 2013 | ISTANBUL |From the print edition

ABDUL MEJID I, the Ottoman’s 31st sultan, had a dream. Reigning between 1839 and 1861, the determinedly Western-leaning sultan envisaged the construction of a submerged tunnel under the Bosphorus Straits connecting Asia to Europe. A French architect duly came up with a blueprint. But a dearth of technology and cash stood in the way.

The sultan’s dream is now coming true, 150 years later. The world’s first sea tunnel linking two continents will be inaugurated on October 29th, marking the 90th anniversary of the founding of Ataturk’s Republic. Stretching over 76km (47 miles), and with 1.4km of it laid at the bottom of the sea, the $3 billion “Marmaray” rail system will “eventually link London to Beijing, creating unimagined global connections” boasts Mustafa Kara, mayor of Istanbul’s Uskudar district, where the tunnel comes out.

Turkey’s prime minister, Recep Tayyip Erdogan, initiated the scheme in 2004 in his Justice and Development (AK) party’s first term in power. By 2025 over a million commuters are expected to use what even AK’s critics concede is an engineering marvel, thinning the nightmarish traffic that plagues this city of 14m people.

AK’s projects, which have included hundreds of hospitals and roads, have earned it the unwavering support of millions of rural Anatolians, long ignored by the country’s secular elites. But Mr Erdogan’s grandiose projects, being pushed through with little if any public debate, including building Turkey’s biggest-ever mosque, on Istanbul’s Asian side, are increasingly seen as a sign of hubris.

Mr Erdogan, who was once mayor of Istanbul, has been governing Turkey in an ever more imperious style. Concern about this lay at the heart of the Gezi Park protests in June, which were prompted by his plan to chop down hundreds of trees to build a shopping complex in Istanbul’s Taksim Square. Fresh protests erupted this week when more trees were uprooted in Ankara to make way for a road.

Unfazed by green howls, the government is erecting a third Bosphorus bridge close to the Black Sea, felling thousands more trees and disrupting a critical migration route for birds, including storks and eagles. Umit Yardim, an ornithologist, warns that, drawn by the headlights of cars on the bridge, the birds could trigger chain accidents. Turkey’s Alevi minority is infuriated that the bridge will be named after Selim “the Grim”, a sultan who slaughtered thousands of their forebears. The government is also going ahead with a new six-runway airport north-west of Istanbul that will be among the world’s biggest.

Most controversially, Mr Erdogan still plans to dig what he himself once called the “crazy canal”. This 50km long canal, linking the sea of Marmara to the Black Sea, is meant to divert tanker traffic away from the Bosphorus and thereby diminish pollution and the risk of collisions in the sinuous waterway. But greens say it could destroy entire ecosystems in the Black and Marmara Seas.

AK officials privately concede that the country’s strained finances make it unlikely that the canal will be built. Yet they dismiss reports that the government is having trouble financing the new airport as black propaganda by the same “global forces” that are bent on unseating Mr Erdogan.

The AK often resorts to such tactics itself. At the height of the Gezi Park unrest, Mr Erdogan suggested that inebriated demonstrators had urinated and copulated in an Ottoman mosque. When the muezzin refused to corroborate this, he was exiled to another mosque, prompting an outcry among anti-capitalist Muslims who decry what they see as AK’s lurch towards luxury and greed. In an ironic twist, the mosque where the alleged sinful acts occurred was built by Abdul Mejid’s mother Bezmialem, a former Christian slave girl, whose real name was “Suzi”.
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MessagePosté le: 02 Nov 2013 12:19    Sujet du message: Répondre en citant

http://www.fidadakroub.com/Erdogan_Pach_4_Fida_Dakroub.html

Erdogan Pacha, le dernier des sultans ottomans



par Fida Dakroub

Généralités

Lors d’une réception au palais présidentiel à Damas, le 9 août 2011, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, adressa au président syrien, Bachar al-Assad, un message dur et ferme, et lui demanda de mettre fin à la « répression sanglante des manifestations pacifiques en Syrie [1] » avant qu’il fût trop tard.


En ce jour inoubliable, M. Davutoglu arriva à Damas, après avoir chevauché jours et nuits à travers le plateau anatolien. Lors de son arrivée aux murailles de la ville, il contourna les souks et les caravansérails de l’ancien quartier, et se précipita rapidement vers Qasr al-Muhajerine – le palais présidentiel – entouré de fleurs d’acacia et de gardénia. Sans laisser sécher la sueur qui perlait sur son front ni repousser la poussière qui couvrait sa poulaine [2] ; il s’appuya sur le bâton et le gant de Charlemagne [3], et se tint debout devant Assad, comme Ganelon [4] devant Marsile [5] ; et plein d’arrogance, il commença son discours en tant que messager de la Sainte-Alliance arabo-atlantique.


En effet, Ahmet Davutoglu fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d'un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan ; M. Davutoglu fut envoyé par la Sainte-Alliance pour livrer au président syrien Assad un message occidental, mis dans une enveloppe arabique et payé en timbres turcs issus de la PTT (posta ve telgraf teþkilatý) [6].


Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie

Il suffit de faire ici le parallèle avec les déclarations des chefs atlantiques et arabiques, de la même période, pour savoir à quel point la Turquie était impliquée, dès le début, dans la guerre contre la Syrie. La preuve en est que lors de sa rencontre avec le président Assad, M. Davutoglu déclara que la Turquie ne pourrait pas rester spectatrice face à des événements survenant dans un pays avec lequel elle partageait une frontière d’environ 900 km, des liens historiques, culturels et familiaux [7]. Il ajouta aussi que le message d’Ankara serait désormais plus strict, plus fort et plus clair ; la Turquie se tenait au bout de sa patience, ajouta-t-il [8].


Le soir même, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, demanda à M. Davutoglu de dire au président Assad qu’il dût « renvoyer ses soldats dans leurs casernes » [9]. De son côté, l’Union européenne envisagea de nouvelles sanctions. Le service diplomatique européen fut chargé de préparer une liste d’options pour aller au-delà de ce qui était en vigueur [10] ; et la France, qui dissimulait une rancune de nature colonialiste envers la Syrie, se prononça pour la mise en œuvre d'une transition du pouvoir : « le temps de l’impunité est révolu pour les autorités syriennes », indiqua Christine Fages, alors porte-parole ajointe du ministère des Affaires étrangères [11].


Il est à noter ici que les émirs et sultans arabiques, crainte de rater l’ouvre-bouche [12], exhortèrent la Syrie à mettre fin à l' « effusion de sang ». Le roi Abdallah d'Arabie saoudite déclara que la Syrie n'avait que deux choix pour son avenir : « opter volontairement pour la sagesse ou s'enliser dans le chaos et la violence », résuma-t-il dans un communiqué au ton inhabituellement sévère à l'égard de l’État syrien. De son côté, le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammed Al-Sabah, rendit hommage à la décision similaire de l'Arabie saoudite. Plus tard, l’État du Bahreïn se joignit au festin et prit part du Rôt [13] : « Bahreïn a décidé de rappeler son ambassadeur à Damas pour consultation et appelle à la sagesse en Syrie », déclara le ministre des Affaires étrangères bahreïni, cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa [14]. En effet, ces émirs et sultans arabiques, ces despotes et tyrans des monarchies absolues du monde arabe, se précipitèrent au festin Faisan [15] de l’Union européenne, non seulement pour célébrer le déclenchement de la guerre impérialiste contre la Syrie, mais aussi pour mettre de l’huile sur le feu de la haine religieuse envers les minorités musulmanes hétérodoxes partout dans le monde musulman.


En dépit des menaces directes et sous entendues, la Syrie rejeta l’ultimatum de la Sainte-Alliance ; et la conseillère politique du président syrien, la Dr. Bouthaina Shaaban, prévint que le diplomate [turc] devrait s'attendre à un accueil glacial et que la Syrie serait prête à livrer à Ankara un message encore plus ferme que celui de M. Davutoglu, rejetant ainsi l’ultimatum :


Si [...] Davutoglu vient délivrer un message déterminé à la Syrie, alors il entendra des propos encore plus déterminés concernant la position de la Turquie. La Turquie n'a toujours pas condamné les meurtres sauvages de civils et de soldats par les groupes terroristes armés, a-t-il dit à l'agence SANA [16].


Suite au rejet de l’ultimatum par l’État syrien, la guerre impérialiste contre la Syrie fut déclenchée, et les ingérences étrangères prirent une ligne ascendante.


M. Davutoglu retourna à Ankara portant déçu et échoué de « faire peur » au président syrien Assad, et ses menaces furent emportées par le vent ; la Syrie eut déjà prit une décision ferme et déterminée : résister, confronter et mener le pays vers une victoire décisive, malgré le taux élevé des sacrifices.


En réaction à la décision de l’État syrien, la Sainte-Alliance décida d’enlever le masque et de montrer son visage effrayant : ou Assad démissionne ou la Syrie sera détruite complètement. Ainsi, des opposants prétendus se furent réunis à Istanbul dans le but de créer un front uni contre l’État syrien ; le lendemain, le misérable Conseil national syrien (CNS) naquit, présidé alors par un universitaire basé à Paris, monsieur Burhan Ghalioun [17].


Deux jours plus tard, le 4 octobre 2011, la création du CNS fut suivie d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie, mais qui fut opposé par un double veto russe et chinois. Moscou s’opposa à « l'approche d'affrontement » qui irait « à l'encontre d'un règlement pacifique de la crise », tandis que Pékin rejeta l'« ingérence dans les affaires intérieures » d'un pays [18].


Nous étions encore au début de la guerre impérialiste contre la Syrie.


Erdogan Pacha : le sceau du califat ottoman

Tout ce que nous avons mentionné ci-devant appartient d’ores et déjà à l’histoire ; l’État syrien n’a pas seulement résisté face à la guerre impérialiste la plus atroce du siècle, mais son armée mène des victoires décisives sur le terrain contre des vagues de « nouveaux Mongols » qui avaient envahi le territoire syrien par la grâce et la bénédiction du calife d’Istanbul, Erdogan Pacha.


Pourtant, aujourd’hui Erdogan n’est plus un sadrazam [19], ni Davutoglu un reis efendi [20]. À la deuxième semaine d’un mouvement de contestation sans précédent, les forces démocratiques turques apprennent leurs préparatifs ; elles continuent à se précipiter vers les places publiques et à crier leur ras-le-bol contre le gouvernement Erdogan. Les manifestants sont des militants de la société civile, des élèves, des étudiants, des sans-emplois, des partisans de l'opposition de gauche et de l'extrême gauche ainsi que des écologistes. Leurs revendications : d'abord l'abandon par le gouvernement d'un projet immobilier sur la place Taksim, épicentre de l'actuel soulèvement à Istanbul et symbole historique de la république et du laïcisme turcs. Un projet qui prévoit notamment la construction d’une mosquée et d'un gigantesque centre commercial. Cependant, l'opposition à ce projet n'est qu'un prétexte pour de nombreux Turcs pour faire entendre leur frustration vis-à-vis les limitations des libertés publiques et les politiques anti-démocratiques de l'AKP, le parti au pouvoir.


Sur un autre plan, il faut mentionner ici l’article publié cette semaine dans le magazine britannique The Economist, traitant des derniers événements à la place Taksim à Istanbul. L’intérêt que présente un tel article ne se trouve pas certainement dans son contenu – un contenu qui ne rompt pas, évidemment, avec le discours occidental « classique » sur l’Orient et les Orientaux –, ni dans l’approche que l’auteur suit, mais bien plutôt dans le titre qu’il porte « Turkey’s troubles : Democrat or Sultan ? » [21] ainsi que dans le montage du portrait du sultan ottoman Selim III avec la tête du premier ministre turc M. Erdogan.


Tout tourne autour du point suivant : pour que le magazine The Economist – un magazine monopole lié certainement aux centres de pouvoir impérialistes – publie un tel article avec un tel titre et une telle photo, prenant en critique un allié le plus fidèle à la Sainte-Alliance dans sa guerre contre la Syrie, il devrait avoir une bonne raison. Or, cette « bonne » raison ne se trouve nécessairement pas dans les paragraphes de l'article ni dans le discours qu’il propage à propos de la démocratie. Autrement dit, l’impression créée au moment de la lecture de l’article mentionné ci-dessus est la suivante : Erdogan Pacha est en train d’abuser la démocratie, et le magazine The Economist l’avertit ; tout simplement ! Malheureusement, une telle lecture fait partie de ce que l’on appelle « le degré zéro de l’esprit critique » voire « le stade suprême de la naïveté politique ». Certainement, la raison pour laquelle cet article apparaît dans The Economist à ce moment précis se trouve ailleurs ; surtout quand on sait que ce n’est pas la première fois, pendant les 10 ans de mandat, que M. Erdogan « abuse » la démocratie dans son pays ; ni la première fois non plus qu’il met de l’huile sur le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les groupes ethniques et religieux de la Turquie, tels que les Kurdes, les Arméniens et les alaouites, sans qu’il soit protégé et couvert par le silence des médias monopoles, qui jouaient, jusqu’à la veille, l’aveugle, le sourd et le muet face aux pratiques hostiles du monsieur Erdogan.




Pour rappel, monsieur Erdogan et son ministre des Affaires étrangères M. Davutoglu se présentent en tant que fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; et pendant deux ans et quelque, ils prononcent un discours « surprenant » sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, la justice, la tolérance ; promettant ainsi aux peuples des « anciennes provinces arabes » de l’Empire ottoman une nouvelle ère de lumière, de justice et de prospérité, jusqu’au point où nous aurions cru voir Voltaire et Montesquieu – que la paix soit sur leurs noms – s’adressant aux masses arabes en personnes d’Erdogan et de reis efendiDavutoglu.


À plus forte raison, la parution d’un tel article dans le magazine The Economist doit être lu dans le contexte des victoires décisives que mène l’armée arabe syrienne sur le terrain contre les groupes takfiris, qui prennent des régions turques frontalières avec la Syrie un arrière-front. Autrement dit, il faut bien dire que les centres de pouvoir impérialistes ne connaissent pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents, mais bien plutôt d’intérêts permanents ; et qu’après deux ans et quelque de guerre impérialiste contre la Syrie, dont les « joueurs » principaux étaient jusqu'à la veille le sadrazam M. Erdogan et son reis efendi M. Davutoglu, la Sainte-Alliance a échoué à renverser le régime du président Assad, malgré les chiffres catastrophiques des pertes matérielles et humaines, malgré aussi le recours à tous les Centaures [22] et les Minotaures [23] de Hadès. Ce qui revient à dire que les puissances impérialistes cherchent désormais à remplacer M. Erdogan, qui vient de recevoir la « carte rouge », par un autre « joueur » turc, qui serait prêt à courir, comme un Maradona, dans le stade d’un certain compromis international prévu sur la Syrie entre Moscou et Washington.


Le peuple turc demande le départ d’Erdogan

Il y a un an et demi, précisément le 22 novembre 2011, M. Erdogan, avait exhorté le président syrien Bachar al-Assad à quitter le pouvoir afin de « prévenir davantage d’effusion de sang » dans le pays : « Pour le salut de ton peuple, de ton pays et de la région, quitte désormais le pouvoir », a-il déclaré au Parlement devant le groupe parlementaire de son parti de la justice et du développement, AKP [24].


Or, dix-huit mois plus tard, aujourd'hui sur la place Taksim et dans le parc Gezi à Istanbul, des milliers de militants turcs de la société civile et des forces démocratiques, qui sont ensuite descendus chaque jour dans les rues de tout le pays, réclament maintenant la démission du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu'ils accusent de diriger un gouvernement conservateur qui tente d'islamiser le pays et de réduire la portée de la démocratie et de la laïcité.


Dans la plaine avec les Douze

Ainsi, Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon (…) Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère » [25].


Fida Dakroub, Ph.D

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes

[1] Today’s Zaman. (8 août 2011). “Davutoðlu to deliver harsh message to Damascus”. Récupéré le 08 août 2012 de

http://www.todayszaman.com/news-253150-davutoglu-to-deliver-harsh-message-to-damascus.html

[2] La poulaine est une chaussure du Moyen Âge (XIVe siècle) allongée, à l'extrémité pointue mesurant jusqu'à 50 cm, généralement relevée. Plus l'on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Pour les rois, la taille de l'extrémité pouvait être aussi grande que voulu. Le bout est rembourré de mousse ou chanvre pour la rigidité de la pointe.

[3] Dans « La Chanson de Roland », le bâton et le gant de l’empereur Charlemagne signifient le pouvoir conféré au messager.

[4] Personnage littéraire de « La Chanson de Roland », Ganelon est le fils de Griffon, comte d'Hautefeuille. Il est le beau-père de Roland. Il est le messager de Charlemagne au roi de Saragosse. Pourtant, c’est lui qui trahit Roland en le mettant à l'arrière-garde qui devait se faire attaquer par les sarrasins. Pour cette raison il est d'une certaine manière devenu, dans la tradition française, l'archétype du félon ou du traître.

[5] Marsile est le nom d'un personnage légendaire figurant dans « La Chanson de Roland » ou « La Chanson de Roncevaux ». Il est le roi sarrasin de Saragosse et ennemi de Charlemagne.

[6] Abréviation turque de « Posta ve Telgraf Teþkilatý Genel Müdürlüðü » ou La Direction générale des postes et des télécommunications turques.

[7] Le Point. ( 9 août 2011) Syrie: le chef de la diplomatie turque arrivé à Damas avec un message ferme pour Assad. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-la-diplomatie-turque-arrive-a-damas-avec-un-message-ferme-pour-assad-09-08-2011-1361030_24.php

[8] Today’s Zaman, loc. cit.

[9] Le Monde. (8 août 2012). Le président syrien de plus en plus isolé après le rappel d'ambassadeurs de pays arabes. Récupéré le 27 août 2012 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/08/l-arabie-saoudite-rappelle-son-ambassadeur-en-syrie-et-critique-le-regime_1557154_3218.html

[10] loc.cit.

[11] loc.cit.

[12] Au Moyen-âge, le banquet commence par des salades ou des fruits frais de saison afin de préparer l'estomac à recevoir des plats plus riches.

[13] Au Moyen-âge, le banquet comprenait aussi « le Rôt », un plat principal qui se composait de viandes rôtis accompagnées de sauces diverses.

[14] Le Monde. (8 août 2012). loc. cit.

[15] La cour de Bourgogne développa une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fit de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d'ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, était le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454.

[16] Le Devoir. (8 août 2011). Damas passe de nouveau à l'attaque. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/328916/damas-passe-de-nouveau-a-l-attaque

[17]Le Devoir. (4 octobre 2011). Mabrouk ! - Syrie : euphorie et émotion accueillent la création du Conseil national. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/332818/mabrouk-syrie-euphorie-et-emotion-accueillent-la-creation-du-conseil-national

[18] Radio Canada. (5 octobre 2011). Résolution de l'ONU sur la Syrie : le veto sino-russe critiqué par l'opposition, applaudi par Damas. Récupéré le 21 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/05/004-syrie_resolution_onu-critiques-veto_russie_chine.shtml

[19] Le sadrazam ou le grand vizir était le premier ministre de l'Empire ottoman.

[20] Le reis efendi était le ministre des Affaires étrangères de l’Empire ottoman.

[21] The Economist. (8 juin 2013). “Turkey's troubles. Democrat or sultan?”. Récupéré le 10 juin 2013 de

http://www.economist.com/news/leaders/21579004-recep-tayyip-erdogan-should-heed-turkeys-street-protesters-not-dismiss-them-democrat-or-sultan

[22] Dans la mythologie grecque, les Centaures étaient des créatures mi-hommes mi-chevaux. Ils descendaient d'Ixion, le premier homme à avoir assassiné un membre de sa famille, et qui conçut le premier Centaure en s'unissant à une nuée à laquelle Zeus, le dieu suprême, avait donné la forme de son épouse, Héra. Les Centaures vivaient en Thessalie, autour du mont Pélion, et étaient considérés comme des êtres sauvages, non-civilisés.

[23] Dans la mythologie grecque, le Minotaure ou « taureau de Minos » est un monstre assez hideux à tête de taureau et au corps d’homme. Le Minotaure est né des amours de la reine de Crète Pasiphaé et d’un taureau blanc que le roi Minos n’avait pas sacrifié à Poséidon.

[24] Le Monde. (22 novembre 2011). Le premier ministre turc demande le départ de Bachar Al-Assad. Récupéré le 12 juin 2013 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/22/le-president-turc-abdullah-gul-avertit-de-nouveau-bachar-al-assad_1607282_3218.html

[25] Évangile de Jésus selon Luc, (6 :41 – 42).


Cet article a été publié initialement sur Mondialisation.ca

Source de l’image : Democrat or sultan? The Economist, 8 juin 2013.

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est aussi militante pour la paix et les droits civiques.
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MessagePosté le: 02 Nov 2013 12:22    Sujet du message: Répondre en citant

http://fidadakroub.com/Fin_republique_Fida_Dakroub.html

Erdogan Pacha ou la fin d'une république

par Fida Dakroub

Généralités
Nous n'avons cessé d'attirer, dès le début de la guerre contre la Syrie, l'attention de nos lecteurs sur les intrigues du Parti pour la justice et le développement (AKP) incarné par Erdogan Pacha à rétablir le califat ottoman sur les cendres des villes syriennes. Nous avons suivi les chemins détournés par lesquels monsieur Erdogan cherche à s'emparer des bains de sang en Syrie. Nous avons indiqué en même temps comment les ambitions califales d'Erdogan Pacha sur le plan de la politique étrangère - rétablir le califat ottoman dans les anciennes provinces arabes de l'Empire ottoman - entraînent des mesures aussi « califales » sur le plan de la politique intérieure.

Quelques faits prouvent de façon frappante à quel point les libertés civiles en Turquie souffrent des politiques du Parti pour la justice et le développement, maintenant confondu avec le personnage de monsieur Erdogan.

La décision de ce dernier à construire un centre commercial au parc de Gezi avait soulevé une tempête de manifestations, dans les villes turques, et de critiques, de la part des partis de l'opposition. Berfu Kiziltan, collaborateur du quotidien turc Hurriyet, s’opposa aux rhétoriques sourdes de monsieur Erdogan, et lui demanda de s’excuser auprès du peuple turc. Serkan Demirtas donna l'alarme de la fin de la république en Turquie. Son article publié dans Hurriyet démontre comment la Turquie est devenue un pays où le parti au pouvoir exerce la force d’État policier dans sa forme la plus brutale. Le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal Kýlýçdarol, avait fustigé, plusieurs mois auparavant, monsieur Erdogan en disant que le premier ministre avait l’intention d’opprimer les gens et de restreindre la démocratie.

Mais cela ne suffit pas à monsieur Erdogan. Une des premières démarches qu'il a entamées est une démarche de restriction des libertés civiles et de réduction de la vie démocratique, démarche contre la démocratie et la laïcité, contre les fondements de la république, voire la Turquie moderne kémaliste.

Erdogan doit s’excuser
Dans un article intitulé « Liste de besoins d’Erdogan : tolérance, compromis et excuse [1]», publié dans le quotidien turc, Hurriyet, Berfu Kiziltan s’oppose aux rhétoriques sourdes du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et lui demande de s’excuser auprès du peuple turc. Kiziltan montre que les forces démocratiques et la société civile se sont descendues dans les rues pour protéger la démocratie et la république, pour protester contre la réduction de la liberté de la presse et de l’expression, pour faire face aux arrestations arbitraires de dizaines de journalistes libres, mais aussi pour exprimer leur mécontentement envers les mesures antidémocratiques du gouvernement Erdogan, telles que la censure d’Internet, la criminalisation de l’avortement, la croissance des actes de violence contre les femmes, le mépris des arts et de la culture, et récemment les restrictions sur la consommation d’alcool. En un mot, les Turcs protestaient contre l’insistance du gouvernement Erdogan à contrôler chaque aspect de leur vie quotidienne, voire à assassiner la république.

Berfu Kiziltan critique l'argument du premier ministre concernant les résultats des votes en indiquant que les cinquante pour cent des votes ne veulent pas dire que le premier ministre, Erdogan, est libre à négliger l’autre moitié du peuple turc ni à la dénigrer [2]. Pour rappel, les autorités turques ont désigné les manifestants des vandales, des marginaux, des séparatistes, des provocateurs, des alcooliques et finalement des çapulcu [3] ; or ceux-ci sont en réalité plus éduqués et plus formés que les "hâbleurs" du gouvernement. Kiziltan montre comment les manifestants avaient réussi à créer, à la place Taksim et au parc de Gezi, un environnement remarquable d'unité, malgré le discours de division et de polarisation de monsieur Erdogan. À preuve, des activistes avaient pu créer un marché, une clinique et une bibliothèque et avaient utilisé l'humour comme l'arme la plus efficace contre l'oppression des autorités. Les jeunes manifestants avaient créé le rire, et avaient trouvé de nouveaux moyens pour développer la lutte. Ils avaient appris d’une façon remarquable à survivre l’atrocité de la matraque policière. La plupart d’eux avaient été sauvagement battus par les policiers qui tiraient des centaines de bombes lacrymogènes. Pourtant, les manifestants avaient résisté sur la place Taksim et partout dans les villes turques. Tout cela a poussé Kiziltan à demander au premier ministre Erdogan de s’excuser aux manifestants, car selon elle gouverner n’est pas terrifier le peuple. Pour elle, un vrai gouverneur c’est celui qui gagne le respect des citoyens, non leur peur : « La moitié du peuple attend à ce que le premier ministre s'excuse sincèrement avant qu'on lui redonne sa légitimité ; car parfois, il vaut mieux faire un pas en arrière, mais dans la bonne direction que d'en faire un en avant, mais dans la mauvaise direction [4] », indiqua Kiziltan.


Erdogan et l’État policier
Pour sa part, Serkan Demirtas donne l'alarme de la fin de la République en Turquie. Son article publié dans Hurriyet et intitulé « Bienvenu à la République turque d’État policier [5]» démontre comment la Turquie est devenue un pays où le parti au pouvoir exerce la force d’État policier (même militaire si nécessaire), dans sa forme la plus brutale, contre l'autre moitié des électeurs qui ont déclenché une révolte massive, pour freiner les penchants autoritaires croissants de monsieur le premier ministre :

Turkey has become a country where the ruling party representing half of the country’s electorate is exercising the state’s police (and military if needed) force in the most brutal way on the other half of electorate, who launched a massive uprising against the government’s growing authoritarian inclinations [6].

Derrière les pratiques antidémocratiques du gouvernement turc se trouve la rhétorique « nous et eux » de monsieur Erdogan ; ces pratiques-ci discriminent contre les personnes qui ne suivent pas un mode de vie conservateur digne pour ainsi dire à un musulman pieux.

At the core of this behavior lies the “us and them” policy/rhetoric of Prime Minister Recep Tayyip Erdoan, whose purpose is to discriminate against those who do not share the conservative lifestyle of a pious Muslim and create a sort of “neighborhood pressure” on them. But this oppression is not limited to the scope of the secular-conservative debate in Turkey as the trend of this behavior is to expand its influence on different segments of the society through intimidation [7].

En réalité, la Turquie se dirige vers un régime d'État policier. Il suffit de considérer la brutalité utilisée par les policiers contre les manifestants à Taksim et au Gezi. À titre d'exemple, après deux mois au commencement du mouvement Taksim, les Turcs se sont descendus le 2 août à la place Taksim pour protester contre la violence de la police envers les jeunes. Il s'agit ici d'un jeune garçon de 14 ans, Berkin Elvan, qui avait été battu sauvagement par des policiers, le 15 juin, alors qu'il était sorti de la maison de ses parents pour acheter du pain ; Berkin Elvan lutte toujours contre la mort aux soins intensifs [8].

Selon Elvan, la raison pour laquelle les Turcs avaient protesté dans les rues n'était pas seulement la construction d’un centre commercial dans le parc de Gezi, mais bien le rejet des politiques du gouvernement Erdogan qui visent à réduire la vie démocratique et à limiter les libertés publiques, comme première étape vers l’établissement d’un régime islamique califal. Autrement dit, la société civile, les forces démocratiques et les partis politiques laïcs étaient partis d’une conviction tout à fait justifiée selon laquelle les dangers qui menaçaient - et menacent encore - la Turquie étaient les politiques antidémocratiques de monsieur Erdogan. De même, une partie de la société turque s’est rendu compte du conflit actuel qui se déroule entre ceux qui tendent à préserver les piliers de la République moderne, reposant sur la légitimité populaire, la citoyenneté, l’alternance du pouvoir, la justice sociale et la dignité humaine, d’un côté, et ceux qui tendent d’abord à contrecarrer la République, puis à la bouleverser, pour établir ensuite, sur ses cendres, un régime califal fondé sur la doctrine des Frères musulmans ; un régime sous lequel les forces laïques et démocratiques seraient enfin anéanties, et les minorités ethniques et religieuses, telles que les chrétiens, les alévis, les juifs, les Kurdes et les Arméniens, perdraient leurs droits de citoyens de la République turque pour en devenir des sujets du nouveau califat turc.


Fin d'une république
Quelques mois avant le déclenchement des manifestations dans le parc de Gezi, le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal Kýlýçdarol, avait fustigé le premier ministre Erdogan en disant que le premier ministre avait l’intention d’opprimer les gens et de restreindre la démocratie : « Si un premier ministre se plaint de la séparation des pouvoirs, ce qui signifie se plaindre de la démocratie, il ne peut servir de premier ministre. Cela signifie que sa vie politique est terminée en matière de démocratie. Il ne peut pas parler de démocratie et de liberté. Il ne peut pas être perçu comme le premier ministre d’un pays moderne. Il est un premier ministre qui a l’intention d’établir son sultanat, pour opprimer son peuple et restreindre la démocratie », avait déclaré Kýlýçdarolu lors d’une conférence de presse le 19 décembre 2012 [9].

En réalité, la légitimité populaire, la citoyenneté, l’alternance du pouvoir, la justice sociale, la liberté de la presse, la liberté d’expression, la vie privée et la dignité humaine, telles sont les piliers de la société moderne en Turquie qui sont en passe d’être détruits au profit d’une idéologie religieuse caressée par le rêve califal qui fait partie des vestiges des siècles passés. Une idéologie qui fait tout pour saper l’édifice républicain moderne et qui aurait pour mot d’ordre la tyrannie, non seulement en Turquie, mais aussi en Égypte, en Tunisie, en Libye, et partout dans le monde musulman où les Frères musulmans et leurs « coreligionnaires » salafistes pourraient réussir un jour à prendre le pouvoir - que le bon Dieu nous épargne d'une telle catastrophe !

Or, quelles sont les mesures que monsieur Erdogan et son parti politique, le Parti de la justice et du développement (AKP), prennent pour contrecarrer la république ? Et dans quel but ?

Premièrement, sur le plan de la liberté de la presse et de l'expression, il n’est que de constater le dernier classement de la Turquie sur l’échelle de la liberté de la presse, tel que présenté dans le rapport de l’organisation « Reporters Without Borders » (RWB), pour savoir le degré des menaces contre la république et la démocratie dans ce pays. Pour preuve, l’organisation RWB a indiqué que la Turquie est devenue actuellement la plus grande prison pour les journalistes [10], occupant la position 154 parmi les pays du monde en matière de la liberté de la presse, soit un recul de six positions du rapport de 2012 [11]. En plus, le rapport de ladite organisation critique la paranoïa des autorités turques qui assimilent toute accusation contre elles à un complot tramé par un groupe d’organisations illégales. En plus sur le même plan, l’Union européenne a critiqué les autorités turques de museler les libertés de l’expression, en réponse à la destitution du journaliste Yafuz Bidar [12] du journal turc Sabah. La commission européenne a insisté dans un communiqué sur l’importance de certaines questions liées à la liberté de l’expression, soulignant que « l’indépendance de la politique éditoriale, la transparence et le refus de toute ingérence politique sont les piliers essentiels qui assurent la liberté des médias ». Ladite commission s’est dite « inquiète quant aux mesures prises envers certains journalistes turcs, telles que les destitutions et les sanctions pénales » [13].

Deuxièmement, sur le plan des droits de l'homme, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu, en mois de juillet, plusieurs arrêts concernant des cas de violations des droits de l’homme en Turquie ; nous en mentionnons l’arrêt du 16 juillet en l’affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie, sur lequel la CEDH a dit, à l'unanimité, qu'il y a eu « violation de l'article 3 (interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants) de la Convention européenne des droits de l'homme [14] ».

Troisièmement, sur le plan de la citoyenneté, le quotidien turc, Hurriyet, un document officiel écrit par la direction de l'Éducation provinciale d’Istanbul a révélé que les minorités ethniques et religieuses d’origines juive, grecque, anatolienne et arménienne sont classifiées par l’administration de la population de la Turquie selon un « code de race » secret, entré en vigueur en 1923, l’an de la fondation de la République turque. Par conséquent, les citoyens turcs d’origine grecque sont identifiés par le code 1, ceux d’origine arménienne par le code 2, et ceux d’origine juive par le code 3, a indiqué le quotidien Hurriyet [15]. Altan Tan, un député du Parti pour la paix et la démocratie, a déclaré que de pareilles allégations se trouvent depuis longtemps, mais elles étaient toujours rejetées par les autorités. Tan a ajouté qu’une « telle pratique, si elle existe vraiment, est une grande catastrophe. Les autorités classifient secrètement et illégalement les citoyens selon un profilage racial et religieux. C’est une grande catastrophe »[16].

Quatrièmement, sur le plan de la justice sociale, la Prof. Yasemin Nceolu, lectrice à l'Université Galatasaray à Istanbul, a donné l'alarme sur la croissance des discours de haine et de discrimination dans les médias turcs. Nceolu parlait dans un panel de discussion organisé par l'Association des journalistes turcs à Istanbul[17]. Selon elle, les médias font recours à une idéologie, devenue dominante dans le discours quotidien, qui se base sur une rethorique de «nous et eux» ; ceux qui ne répondent pas à la description du « nous » sont considérés comme "autres". Nceolu ajoute que dans le discours quotidien des médias, « on trouve aussi l'homophobie, l'antisémitisme, l'anti-alévisme, ainsi qu'une certaine opposition aux non-musulmans [18] » (TDA). Pour sa part, l'avocat Nazan Morolu, qui participait au panel de discussion, a déclaré au quotidien Hurriyet que la discrimination contre les femmes avait augmenté en Turquie pendant les dernières années. Il a indiqué que « les femmes qui étaient arrêtées pendant les manifestations du parc de Gezi ont été harcelées et elles n'ont pu rien dire [19] ». Il a ajouté qu'auparavant « nous pouvions parler de tels sujets à la télévision, il y a quelques années, mais maintenant nous ne pouvons plus, toutes les chaînes télévisées sont bloquées, nous ne pouvons pas faire entendre notre voix [20] ».

Cinquièmement, sur le plan de la vie privée et de la dignité humaine, le président turc Abdullah Gül avait promulgué une loi controversée voulue par le gouvernement Erdogan qui restreint la consommation, la vente et la publicité des boissons alcoolisées, en dépit des manifestations qui secouaient le pays. La vente de boissons alcoolisées est désormais interdite entre 22 heures et 6 heures. Voté le 24 mai au terme d’une procédure d’une rare célérité, le texte a été violemment dénoncé par l'opposition laïque qui l'a déclaré un texte liberticide. Tout au long des débats parlementaires, l’opposition laïque a violemment dénoncé un texte liberticide, prêtant au régime la volonté de vouloir régir les comportements privés de la population et d’islamiser la société turque. Ce tour de vis a été jugé inquiétant par les laïcs qui voyaient dans cette décision une preuve de l’islamisation de la politique du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis plus de dix ans [21].

Selon plusieurs partis de l'opposition, les mesures de monsieur Erdogan constituent une attaque contre la base même de la démocratie et de la république en Turquie.

Fida Dakroub, Ph.D

Notes

[1]Kiziltan, Berfu. (18 juin, 2013). “Erdoan’s needs list: Tolerance, compromise and apology”. In : Hurriyet. Récupéré le 18 juin 2013.
[2] loc. cit.
[3] Çapulcu est un substantif turc signifiant, vandale, canaille, racaille ou encore vermine. Cette qualification est utilisée notamment par le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoan pour désigner les personnes prenant part au mouvement de protestation en Turquie de 2013. Le qualificatif est par la suite utilisé par les manifestants et les sympathisants eux-mêmes qui se définissent comme çapulcu, et l'adaptent notamment en anglais chapuller ou chapulling, ou en français chapulleur.
[4] Kiziltan, op.cit.
[5] Demirtas, Serkan. (18 juin 2013). “Welcome to the Turkish Republic of Police State”. In : Hurriyet. Récupéré le 18 juin 2013.
[6] loc. cit.
[7] loc. cit.
[8] Russia Today. (2 août 2013). "Istanbul police use tear gas to break up protest over critically injured teenager". Récupéré le 5 août 2013.
[9] Birand, Semih. (20 décembre 2012). «Fin de la « démocratie » en Turquie: Erdogan veut éteindre la séparation des pouvoirs…». In : JSS News. Récupéré le 20 août 2013.
[10] Hurriyet. (24 juillet 2013). “Turkey now 154th in world press freedom index”. Récupéré le 31 juillet 2013
[11] Reporters Without Borders. (sans date). "Press Freedom Index 2013". Récupéré le 3 août 2013.
[12] Yafuz Bidar, journaliste turc de renommée, avait reçu une invitation de la commission européenne pour prononcer un mot dans un congrès tenu fin juin dernier à Bruxelles. Il avait alors critiqué le gouvernement turc et les grands hommes d’affaires qui s’ingèrent politiquement dans les affaires du journalisme.
[13] Suzan Fraser. (26 juillet 2013). “Turkey Criticized After Journalist Yavuz Baydar Fired For New York Times Op-Ed”. In : The Huffington Post. Récupéré le 31 juillet 2013.
[14] Cour européenne des droits de l’homme. (16 juillet 2013). Requête no 44827/08, « Affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie ». Récupéré le 31 juillet 2013.
[15] Hurriyet. (1 août 2013). “Minorities in Turkey tagged by ‘race codes,’ official document reveals”. Récupéré le 2 août 2013.
[16] loc. cit.
[17] Hurriyet. (30 juillet 2013). "Turkish journalists discuss hate speech in media". Récupéré le 5 août 2013.
[18] loc. cit.
[19] loc. cit.
[20] loc. cit.
[21] Oberti, Charlotte. (27 mai 2013). « La Turquie poursuit sa croisade contre l’alcool ». In : France 24. Récupéré le 18 août 2013.
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MessagePosté le: 05 Nov 2013 11:07    Sujet du message: Répondre en citant

Quelle chance d'avoir Erdogan pour la Turquie...
Ainsi la Turquie ne sombrera dans la décadence et dans l'immoralité...

Erdogan avait déclaré qu'il était choqué de voir de la fenêtre de son office certaines femmes prenant le bateau pour passer à l'autre rive d'Istanbul. Elles étaient trop dénudées pour le goût du premier ministre.

Et l'autre jour, il a dit qu'à Denizli, certains étudiants et étudiantes vivaient dans le même logement et cela n'est pas compatible avec leur conception conservatrice...

Ah oui, c'est ça la démocratie avancée que ne cesse de citer Erdogan, la liberté c'est de conformer à SA conception
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MessagePosté le: 06 Nov 2013 3:15    Sujet du message: Répondre en citant

En effet, quelle chance d'avoir un premier ministre qui déclare avoir donné des instructions aux préfet d'aller voir ce qui ce passe dans les appartements ou les étudiantes et étudiants habitent ensemble.

Oui, la Turquie aura bientôt la chance d'avoir la police de moralité à l'instar de l'Iran qui pourrait enfin réprimer toutes ces atrocités que les filles causent en détournant l'attention des hommes.

Un ministre n'avait pas dit qu'il était très content de ne pas avoir étudié à l'Université de Bogaziçi où les filles et les garçons sont ensemble sur la pelouse dans l'enceinte de l'établissement.

Vive les libertés que Erdogan offrent à la Turquie et surtout à la femme turque.
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MessagePosté le: 06 Nov 2013 3:41    Sujet du message: Répondre en citant

Vu que Rte continue dans sa ligne dure il risque d'y avoir une véritable guerre civile dans un futur proche. L'akp va gagner les prochaines élections, l'opposition va se renforcer dans ses protestations de façon de plus en plus violente et c'est ce que veut Erdo. J'ai vu les prémices de cette guerre civile lorsque des partisans pro gouvernement s'étaient rassemblé dans le quartier de Kagithane en face des étudiants de bilgi üniversitesi qui manifestaient, la police s'est interposée à temps, sinon les couteaux auraient été tirés. C'est ce qui attends la Turquie dans les prochaines années, prochains mois. Une violence souhaitée par le gouvernement.
Il ne peut y avoir de révolution, d'autant plus si elle est conservatrice sans violence n'est-ce pas?
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MessagePosté le: 07 Nov 2013 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

Oui la Turquie a la chance d'avoir un premier ministre comme Erdogan.
Il veille sur nous! et comment !


duygu a écrit:





Si vous cliquez sur l'image vous trouverez d'autres illustrations qui circulent en ce moment sur les réseaux sociaux, ce n'est pas nécessaire d'être turcophone.
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MessagePosté le: 09 Nov 2013 20:10    Sujet du message: Répondre en citant


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