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Turquie, Syrie et...
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 13 Aoû 2011 1:17    Sujet du message: Turquie, Syrie et... Répondre en citant

Le PM turc a haussé le ton contre la Syrie en disant que sa patience est à bout... Ce qui a déclenché une série de polémique en Turquie. J'ai reçu par mèl un lien présentant la version syrienne (par Info Syrie). Il est toujours bon de savoir comment pense l'autre. Je vous conseille de lire les commentaires à la fin de la présentation.

Citation:

Syrie/Turquie : réponse – ferme – du berger à la bergère

Par Louis Denghien, le 8 août 2011


>>> http://bit.ly/pn9JGm


Dernière édition par murat_erpuyan le 03 Nov 2012 3:23; édité 1 fois
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 13 Aoû 2011 18:00    Sujet du message: Répondre en citant

Aujourd'hui dans Cumhuriyet Sirmen revient sur Syrie et titre "Mystère de Syrie". Il évoque que la réalité est brouillé en raison des témoignages divergents.
Il cite le journaliste de TRT qui relate que les attaques contre les bâtiments officiels et des policiers ou militaires tués...

Il se peut que la réalité n'est pas tout à fait comme celle relatée par la presse occidentale !!


Citation:


Suriye Muammasý*

Ali Sirmen - Cumhuriyet 13.08.2011

- Hama’da ne oldu, Suriye’de ne oluyor?

Dýþiþleri Bakaný Ahmet Davutoðlu’nun önerisi üzerine, Suriye’nin sýnýr kapýlarýný ve Hama’yý dünya gazetecilerine açmasýna karþýn, yukarýdaki sorunun yanýtýný vermek zor.

Çünkü her kafadan bir ses çýkýyor, birinin söylediði öbürünü tutmuyor.

Çeþitli ülke ve yayýn organlarýndan muhabirlerin izlenimlerini okurken, Ryunosuke Akutagava’nýn “Raþomon” adlý kitabýndaki “Çalýlýklar Arasýnda” adlý öyküsü geldi aklýma. Bir diðer ünlü Japon sanatçý, Akiro Kurusova’nýn Raþomon ve “Çalýlýklar Arasýnda” öykülerini birleþtirerek sinemaya aktardýðý yapýtta, oduncu gezgin, keþiþ, yaþlý kadýn, polisten oluþan kiþiler bir cinayeti anlatýrlar, ama kimsenin söylediði bir öbürününkini tutmaz.

Peki gerçek nerededir?

Yazýnýmýz ve tiyatromuzda çok seçkin bir yeri olan Haldun Taner de “Lütfen Dokunmayýn” adlý oyununda Baltacý - Katerina olayýný, üç ayrý kiþinin bakýþýndan anlatýr. Üçünün de anlattýðý birbirini tutmamaktadýr.

Peki gerçek nerededir?

Çeþitli muhabirlerin, çeliþik, Hama izlenimlerini okuyunca ben de ayný þeyi sordum.

***

Herkes meþrebine ve durduðu yere göre ayrý bir þey söylüyor.

Bakýn TRT Þam muhabiri Musa Özuðurlu gördüklerini nasýl anlatmýþ:

“Evet sivillere yönelik sert davranýþlar olmuþ. Ama devlet binalarýna yapýlan saldýrýlar da korkunç. Postanelerde, polis karakollarýnda görevlilere dehþet verici saldýrýlar olmuþ. Ýki polis karakoldan çýkarýlarak döve döve öldürüldü. Bunlarýn videosu da vardý. Ben asker cesetlerini de gördüm. Ortada bir barýþçýl gösteri yapan kitle var. Ama bir de silahlý gruplar var. Bunlar baþka yerlerden getirilmiþ insanlar... Çok geliþmiþ silahlarla yakalanmýþ insanlar var, uydu telefonlarý, telsizleri var... Hama’nýn yüzde 70’ini gezdim, tanklarýn attýðý bir tek topun izine rastlamadým... Silahlý isyancýlar, acýmasýzca adam öldürüyor, kol kafa kesiyorlar, mezhep ayrýmý yaparak öldürüyorlar. Devlet mümkün olduðunca az adam öldürülmesine dikkat ediyor, ama sokaða askeri döktüðünüz zaman kontrol edilemez hale geliyor. Ölen siviller iki ateþ arasýnda kalanlar, ancak ölenlerin yüzde kaçý gerçek sivil bilinmiyor.”

Ýran El Âlem Televizyonu muhabiri Ýslam el Hilali ise þunlarý söylüyor:

- Olup bitenler, Suriye halkýna karþý bir komplo olduðunu kanýtlýyor.

Çin Haber Ajansý Xinhua’nýn Þam Temsilcisi Shen Gong Xi de diyor ki:

- Tanýk olduðumuz görüntüler silahlý terör örgütlerinin varlýðýný kanýtlýyor... Suriye ordusu kentte güvenliðin saðlanmasýnda önemli bir rol oynamýþ.

***

Amerikan Associated Press’in (kuruluþu 1846) izlenimleri ise kýsaca þöyle:

“Hama’da konuþtuðumuz siviller ordunun rastgele top ateþi açtýðýný, bir hafta süren operasyonda keskin niþancýlarýn sivilleri hedef aldýðýný ve sokaklarda cesetlerin biriktiðini anlattý. Hükümet yetkilileri ise teröristlerden kurtulduklarýný söyledi. Adýný vermeyen bir Hamalý, ‘Burada terörist yok, bunlar hükümetin yalanlarý’ dedi...”

Bunlarý okuduktan sonra, gerçeðin nerede olduðunu sormamak mümkün mü?

Ama Suriye muammasý yalnýz Hama’da düðümlenmiyor. Belirsizlik her alanda.

Örneðin, Ahmet Davutoðlu, Þam’da Esat ile yaptýðý görüþmede, Ankara’nýn mesajýný ilettiðini ileri sürüyor.

Batýlýlar ise Hillary Clinton ve ABD’nin Ankara Büyükelçisi ile görüþen Davutoðlu’nun Washington’un mesajýný ileten bir aracý olduðunda birleþiyorlar.

Burada da kesin karara varmak güç.

Ýngiltere’nin gazetesi The Times ise bölgede alternatifin “Türk ordusunun ‘Türkiye’nin çýkarlarýný korumak’ için bir askeri hareketi olduðunu” yazabiliyor.

The Times bunu söylüyor da TSK’nin Suriye’ye müdahalesinde ne gibi çýkarýmýz olduðunu bir türlü söyleyemiyor.

Bütün bu açýklamalar karþýsýnda Suriye muammasýný çözmek gerçekten güç.

* Muamma: Bilmece, anlaþýlamayan, bilinmeyen þey.

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SelimIII
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MessagePosté le: 14 Aoû 2011 19:36    Sujet du message: Répondre en citant

Moi aussi je fais partie de ces gens qui ne comprennent pas vraiment ce qui se passe en Syrie en particulier et dans les autres pays arabes en général. Oui Esad et Kaddafi ne sont pas des démocrates, comme d'ailleurs Saddam.

Ce qui me préoccupe c'est la volonté occidentale de régler les comptes d'Esad par la Turquie et la précipitations des dirigeants turcs dans ce sens.

La une du journal d'opposition Sozcu d'aujour"dhui est consacrée à ce sujet :



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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 23 Aoû 2011 1:28    Sujet du message: Répondre en citant

MICHEL CHOSSUDOVSKY: SURÝYE’DE NELER OLDUÐU ANCAK BU YAZIYLA ANLAÞILIR

OdaTv'nin bu aktarimi da soru isaretlerini arttiriyor.

bkz : http://bit.ly/pr6Ci7

Et une version en français du même auteur :
Une « guerre humanitaire » contre la Syrie? L’escalade militaire : Vers une guerre élargie au Moyen-Orient et en Asie centrale?

http://bit.ly/nXbvUI
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Raskolnikoff
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MessagePosté le: 04 Juin 2012 10:00    Sujet du message: Répondre en citant

Syrie lundi4 juin 2012
Dans le quotidien d’un djebel insurgé

Par Textes et photos: Boris Mabillard* de retour de Syrie

Reportage au coeur d’un village syrien déchiré entre l’exil et la résistance Akko a été promu capitale clandestine du djebel. Les représentants du régime ont fui la région qui désormais vit en autarcie. Les jeunes veulent se battre, les anciens préféreraient l’exil, tous attendent la fin de la tyrannie

Mes contacts avaient dit que to ut serait facile, mais rien ne l’est. Dix jours ont passé sans qu’aucune des propositions de voyage clandestin en Syrie ne se concrétise. Lassé d’attendre à Antioche, au sud-est de la Turquie, j’actionne un autre réseau, basé à Londres. Et soudain, tout s’accélère. Un départ s’improvise: dans deux heures nous prendrons la route. Pour la première fois depuis dix jours, la Syrie semble proche. Presque trop et j’ai peur. A peine le temps de passer un coup de fil pour prévenir quelques proches, un autre à un ami pour lui donner des consignes en cas de pépin. Il est 16 heures, mercredi 9 mai.

Hamza, membre d’une organisation de l’opposition syrienne et taxi, fonce dans la nuit, pour avaler les 30 kilomètres qui nous séparent de la frontière. Il traverse une bourgade endormie, éteint les phares et stoppe à un embranchement. Un type débarque, son rendez-vous est en retard. Il ne faut pas rester là, pour ne pas éveiller les soupçons. On roule jusqu’aux dernières maisons. L’appel du muezzin retentit, deux corniauds y répondent. La nervosité de Hamza est contagieuse, il rumine: «On va se faire repérer, qu’est-ce que je fous là, pour un prix dérisoire.» En fait, Hamza prend près de 100 dollars pour conduire et organiser le passage. Une somme dans cette partie de la Turquie.

Des appels de phares, c’est le signal qu’Hamza attendait. Il échange quelques mots, un plan de route mystérieux. La voiture repart, à l’aveugle, tout doucement, sans un bruit. Un kilomètre au ralenti. Des silhouettes se déplacent autour d’une camionnette garée sur le talus. La vieille Peugeot s’immobilise tête-bêche. Une escouade de jeunes gens, certains en treillis, se hâte de décharger des sacs. La frontière n’est plus qu’à une dizaine de kilomètres, le voyage se poursuivra à pied. Une piste plonge à gauche dans la forêt. «Eteignez les portables, pas de cigarette, pas de lumière, pas un bruit.» Les cailloux roulent, les buissons accrochent les pantalons. Noir total.

Plus bas, le chemin longe une base militaire. Du haut des miradors, plusieurs projecteurs baignent de lumière orangée les abords du camp. Les autorités turques montrent de la bienveillance à l’égard de la rébellion syrienne. Elles ferment les yeux sur le remue-ménage nocturne à la frontière. Laissent les réfugiés traverser. Et les rebelles passer dans les deux sens. Mais, comme je l’apprendrai sur la route du retour, elles veulent aussi savoir précisément ce qui se passe. Ainsi, dix-sept jours plus tard, en passant la frontière dans l’autre sens avec six déserteurs de l’armée régulière syrienne, nous nous faisons cueillir par les militaires turcs. Bras en l’air, fouille au corps, quinze heures d’interrogatoires d’un service à l’autre: «T’es un espion du Mossad. Allez, crache le morceau!» Puis: «Quels sont tes liens avec le PKK (Parti des travailleurs kurdes considéré comme un groupe terroriste par Ankara)?» Au détour des échanges, les officiers confirmeront la présence de mines antipersonnel du côté syrien de la frontière. Elles ont, disent-ils, déjà tué.

Au fond d’un ravin, le passage se fait par un trou dans la clôture barbelée entre les deux pays. Pas de comité d’accueil sur l’autre versant, mais des explosions répétées. Les détonations semblent venir de l’autre côté de la montagne, à quelques kilomètres. Le rythme s’accélère, il faut quitter la zone des bombardements. Au sommet du massif, probablement au nord d’Idlib, enfin, la lune se lève et donne de l’assurance à nos pas. Après six heures de marche, notre groupe rejoint une route carrossable. Une camionnette attend. «Où est l’étranger, il vient avec nous!»

Une lampe torche braquée droit devant, des hommes sont au milieu de la chaussée. Ce n’est pas une embuscade mais le premier check-point de l’Armée syrienne libre (ASL). D’autres arrêts, et chaque fois le même ballet, deux ou trois gaillards en uniforme dépareillé sortent des fourrés arme à la main et scrutent les passagers du van: «Bienvenue dans la zone libre! Contrôlée par l’ASL.» Le terminus est une bergerie isolée, muée en camp de fortune, aux avant-postes. Dans les trois pièces, quelques matelas à même le sol que se partage une petite dizaine de dormeurs. Une théière, des petits verres tulipe laissés sur un plateau en fer, des cendriers improvisés qui débordent sur les nattes. Et des kalachnikovs qui traînent çà et là. Il est presque 5 heures du matin et, au milieu du désordre, un combattant barbu, que les autres appellent le cheikh, invite ses coreligionnaires à faire la première prière.

Le va-et-vient des factionnaires ne cesse qu’au petit matin. La bâtisse se trouve au centre d’un verger et domine une vallée en pente douce, boisée, aucun village en vue. Deux combattants, de retour de leur tour de garde, croquent des prunes encore vertes. L’un des deux, Abou Oussama, tend son bras vers l’ouest: «Derrière cette colline, c’est Chilif, et, plus loin, la route qui relie la ville de Lattaquié, sur la côte, à Alep. Il s’y trouve plusieurs bases militaires de l’armée régulière. De l’autre côté, c’est Idlib et Alep, nous sommes au milieu.» Les montagnes du Djebel Akrad abritent une quinzaine de villages, tous sous le contrôle de l’ASL. En revanche, la route principale est tenue par l’armée. Et, au-delà, c’est Haffé, un autre djebel aux mains des révolutionnaires. Abou Oussama m’indique une direction: «A 5 kilomètres, c’est mon village, Akko, protégé par les montagnes.»

Akko a été promu capitale clandestine du djebel. C’est désormais l’un des chefs-lieux de la résistance au nord-ouest de la Syrie. Ses habitants, 600 avant le début de la révolte, vivent de l’agriculture. Les représentants du régime ont fui la région, qui désormais vit en autarcie, coupée du reste du pays. «Ici, nous sommes libres, c’est un avant-goût de ce que sera la Syrie quand on aura renversé le régime», explique Abou Oussama. Son père, Abou Mohammed, sourit, un rien narquois. Lui et ses fils, Abou Oussama, le plus jeune, 23 ans, Ahmed, 25 ans, Ismaïl, 27 ans, et Fadi, 29 ans, sont assis en cercle autour d’un grand plateau de fer sur lequel est servi le déjeuner. «Les olives viennent de mes terres, le fromage de mes brebis, la confiture de mes abricotiers, nous avons tout ici, mais nous sommes pauvres», explique le père, «et les jeunes ne veulent pas de cette vie-là.»

La maison de béton blanchi a remplacé celle des aïeux en pierre sèche. Abou Mohammed possède plusieurs parcelles en contrebas du village. Tous les coteaux sont plantés de fruitiers. Des vergers en terrasses, des pommiers, des pruniers, des oliviers et des abricotiers dont il est très fier: «Les meilleurs que l’on puisse trouver en Syrie, avec ceux des environs de Homs peut-être.» Des herbes folles courent sur les plates-bandes et une partie du muret s’est écroulée. «Aucun de mes fils ne m’aide pour s’occuper des arbres. Abou Oussama et Ahmed ont rejoint l’ASL et les deux autres sont des paresseux.» Abou Mohammed montre le paysage: «Ce serait paradisiaque s’il n’y avait pas la guerre.»

Soudain, alerte générale, branle-bas de combat, la mère regroupe les couvertures, sa fille l’en empêche, «deux suffiront, on n’a pas le temps», «Et les affaires des petits?» «Il faut filer vite, les chabiha [milices à la solde de Bachar el-Assad] peuvent débarquer d’une minute à l’autre». Dans les ruelles, c’est la panique. Il ne reste plus que les civils, les enfants, les femmes et les vieux. La plupart des jeunes hommes font partie de l’ASL. Une charrette attelée à un vieux tracteur emmène une dizaine de femmes avec leurs marmots. On court dans tous les sens. Des informations contradictoires circulent sur l’avancée des blindés de l’armée. Le village se vide en une poignée de minutes. La peur se lit sur les visages des retardataires. Chacun sait que l’ASL ne tiendra pas longtemps face à une armée supérieure en hommes et, surtout, en armes. Elle peut faire diversion, pas plus.

L’attente est longue dans la forêt où ils ont trouvé refuge, personne ne pipe mot. Certains manquent à l’appel. «Où est Fadi?» «Il est parti parmi les premiers avec Noureddine pour l’aider à se déplacer.» Noureddine, déserteur et blessé, sait que s’il est découvert il risque la mort, en plus de la torture. «Et son frère Ismaïl?» «Il est avec un des groupes de femmes.» D’autres planques à couvert sous les pins, dans le creux des vallées, accueillent le reste des villageois. Quelques vieillards ont sorti leurs pétoires, dérisoires. «La dernière fois, en avril, des hélicoptères ont mitraillé au hasard la forêt.» Cette fois-ci, heureusement, la fuite aura été inutile: les forces de l’armée syrienne ont rebroussé à l’orée du djebel.

Le lendemain, l’histoire se répète. Une colonne de blindés légers est signalée en direction d’un village voisin. De nouveau, la panique gagne la population, «aujourd’hui, on n’y échappera pas». Pour tenter d’y voir clair, des ados à moto font la navette entre la place centrale devant la mosquée et les positions de l’ASL, à trois kilomètres, sur une des routes d’accès au village. Selon les dernières informations, rassurantes pour ceux d’Akko, les militaires auraient bifurqué vers deux autres localités de la région. Les derniers avant la plaine, pas bien loin de l’autoroute et des camps de l’armée. On est sans nouvelles de la population des deux villages. Ce qui fait craindre le pire. Un capitaine des rebelles décide alors d’envoyer des éclaireurs.

Une dizaine de combattants d’Akko, des déserteurs plus aguerris que les nouvelles recrues, montent dans une camionnette, la seule dont les rebelles disposent. La campagne est traversée à tombeau ouvert. Le bolide manque de percuter des villageois qui reviennent de leur cachette dans la forêt. Au check-point ami, les derniers renseignements sont pris: ils n’ont rien vu, mais ils ont entendu des détonations. Il faut continuer plus prudemment pour ne pas risquer de tomber nez à nez sur les forces de Bachar el-Assad, ce serait un carnage. Une moto ouvre la route et s’assure que la voie est sûre. A Kneide, la plus grande confusion règne. Abou Bakr, le chauffeur, s’énerve: «Les soldats sont-ils encore dans le village?» Ils viennent à peine de partir et seraient à 4 kilomètres, à Tardin, où il y aurait des morts. Ici, ils ont volé une voiture, tabassé un villageois et emmené un prisonnier.

Au milieu d’un petit attroupement, un homme en larmes exhibe des mains monstrueuses, boursouflées et violacées. Il se tord de douleur. Il lui faudrait un médecin, il n’y en a pas. Des soldats ont fait irruption. Il les a vus emmener son voisin qui travaillait simplement dans son champ. La scène l’a surpris et son tort a été de demander pourquoi ils s’en prenaient à un paysan qui n’avait rien fait de mal. La remarque a suffi à déclencher leur fureur. «Ils m’ont jeté à terre. L’un deux a ramassé ce rondin, là. Deux autres m’ont immobilisé, et ils se sont acharnés sur mes mains et mes avant-bras, en rigolant.» Un de ses fils, âgé de 12 ans, lui verse du thé dans la bouche. Les larmes coulent. Pas de noms, pas de photos, ils ont trop peur de voir les militaires revenir et se venger.

Tardin, à quatre kilomètres. Un gosse de 15 ans armé d’un fusil erre au milieu de la chaussée. Il est le premier à être revenu dans le village. Il était caché et a vu repartir les militaires une dizaine de minutes plus tôt. «Ils ont pillé, saccagé, brûlé. A un moment, il y a eu des coups de feu, ça venait de la forêt. Un accrochage avec un groupe de rebelles, je crois qu’il y a un mort.» Peu à peu, apeurés, les villageois constatent les dégâts. Une femme découvre qu’on lui a volé de l’huile, de l’argent. Sa maison est sens dessus dessous. «Je dois vérifier, je ne sais pas encore tout ce qu’ils ont pris.» Ici, une mobylette incendiée est couchée sur le côté. Plus loin, une voiture est calcinée. Son propriétaire a travaillé trois ans au Soudan pour s’offrir ce rêve parti en fumée. Les récits se recoupent: en plus d’un rebelle qui aurait été tué dans les bois alentour et dont le corps aurait été emporté, un jeune homme manque. Peut-être a-t-il été embarqué au hasard. L’hypothèse se confirmera, plusieurs jours plus tard.

Ces représailles brutales, arbitraires, font régner la terreur. Mais elles ont aussi durci la détermination des révolutionnaires. Et, même terrifiés, les villageois plébiscitent la rébellion. Ils ne rêvent que de la chute du tyran, de la fin de la dictature et de vengeance contre les tortionnaires. Tout a basculé au mois d’avril, explique Fadi. «Les premières expéditions punitives dans le djebel, celle contre Akko, et l’autre, une semaine après, contre Akko à nouveau et la bourgade voisine de Kabani, ont scellé le destin de nos villages. A partir de là, nous avons pris le chemin de la dissidence.» Partout dans les campagnes syriennes, c’est la même chose, il n’est plus une région qui soit épargnée par les violences. «Dans le centre d’Alep et de Damas, la vie se poursuit peut-être presque normalement, sans pénuries, mais ailleurs il est impossible d’ignorer le conflit.»

Le pays s’est irrémédiablement déchiré et Fadi ne croit pas qu’une réconciliation soit encore possible: «Tu dois choisir un camp, si tu ne le fais pas, on le choisit pour toi. Car, pour le régime, si tu ne dénonces pas tes voisins, tes amis, ta famille, tu es complice.» Ce qui fait du djebel dans son ensemble, aux yeux du pouvoir, une région criminelle. Car chaque famille a désormais quelqu’un au sein de la rébellion. «Mes amis ailleurs dans le pays me disent la même chose, il y a deux camps et pas de place au milieu.»

Depuis qu’il s’est insurgé, le djebel vit en état de siège. En plus des attaques des forces de sécurité, les difficultés matérielles empoisonnent le quotidien. Le médecin local a été arrêté et, depuis, il n’y a plus d’accès aux soins. Les écoles ont fermé. Fadi est l’un des instituteurs: «Les maîtres qui venaient de l’extérieur n’osent plus venir.» Les adolescents qui étudiaient à Lattaquié, la grande ville la plus proche, ont renoncé à faire des allers-retours: «Sur l’axe principal, contrôlé par l’armée, les check-points sont nombreux. Il suffit de venir du djebel pour être suspect. Et c’est pour les jeunes, dans l’âge de combattre, 16-30 ans, que c’est le plus dangereux. C’est la loterie, une fois tu passes, une autre fois tu es arrêté, et plus personne n’entendra parler de toi.»

Deux fillettes sont venues quémander de l’eau, elles n’ont que deux bidons à remplir et, depuis une semaine, les robinets sont à sec. Fadi consent d’un geste, la maison est pourvue d’une grande citerne qui contient plus d’eau que sa famille n’en consomme. Mais son père fulmine, «tout le village vient chez nous; bientôt, nous n’aurons plus une goutte non plus.» Akko dépend, pour son approvisionnement en eau courante, de la station de pompage de Djebel Ahmar, un village distant d’une dizaine de kilomètres et, supposément, acquis au régime. «Les habitants sont alaouites et, parmi eux, il y a des chabiha. Ce sont eux qui ont coupé l’eau», précise Fadi. Mais il n’y a pas que l’eau qui manque, les coupures de courant sont de plus en plus longues et nombreuses. Le gaz est devenu rare et ses prix ont flambé. Il n’est plus à la portée de la population du djebel. «Depuis des mois, nous sommes condamnés à cuisiner au bois. Les gens coupent les arbres en forêt. C’est interdit, et nous savons que ce n’est pas bien, mais il n’y a pas d’autre choix», dit-il en montrant des pentes presque dénudées: «Il y a trois mois, il y avait là de grands pins.»

«Fadi, pourquoi ne rejoins-tu pas l’ASL?» «Je n’ai pas l’âme d’un combattant. Je ne suis pas comme mes deux frères, je me sens faible, je n’ai pas leur force, leur courage.» La révolution a bouleversé les familles. Réunis dans le salon, Abou Oussama, Ismaïl et Fadi écoutent leur frère Ahmed, capitaine dans l’ASL. Et bien que ce dernier ne soit pas le plus vieux, personne n’oserait l’interrompre. «Avant, les chefs de famille s’entendaient dans une assemblée informelle. Les plus jeunes écoutaient leurs aînés. Mais depuis, ce sont les rebelles qui font la loi. Et c’est normal, puisqu’ils nous protègent.»

Le père de Fadi se nomme Walid, mais tout le monde l’appelle Abou Mohammed, père de Mohammed, du nom de son premier fils. C’est la coutume, les pères ont un surnom formé sur le nom de l’un des enfants, l’aîné ou le préféré. Les rebelles ont pris eux aussi, mais pour des raisons différentes liées à la sécurité, des pseudonymes. Ils sont, même sans enfant, tous Abou untel. Ainsi, le frère de Fadi, Ahmed, est devenu Abou Walid, le père de son père, Walid. «La révolution est une affaire de jeunes. Ils se battent pour remplacer l’ordre établi dont leurs parents s’accommodaient», explique Fadi. Abou Oussama, 23 ans, le plus jeune de la fratrie, reprend: «A l’université, les Alaouites étaient favorisés. Ils le sont encore, diplôme en poche, lorsqu’il s’agit de postuler pour un emploi. Mais pour moi, comme pour tous les autres jeunes du djebel, il n’y a aucune perspective d’emploi. Aucun avenir sous la dictature de Bachar.»

Ce matin, Mohammed, l’aîné, est arrivé de Lattaquié, avec ses trois filles et sa femme. Pas de joie pourtant pour ces retrouvailles. Mohammed craint pour sa vie, et pour sa famille aussi. «Abou Walid est un déserteur. Qui plus est, capitaine dans l’ASL. Mon autre frère, Abou Oussama, a rejoint l’ASL aussi. Les autorités l’apprendront tôt ou tard. Et c’est à moi qu’elles demanderont des comptes.» Il sait qu’il n’arrivera pas à convaincre ses frères d’abandonner la lutte. Mais il veut au moins qu’ils l’aident à trouver une solution, «moi je n’en vois pas sauf quitter mon boulot, dans les chemins de fer, que je ne retrouverais sans doute jamais, laisser tous mes biens derrière moi, et me réfugier en Turquie. Ma vie est foutue.»

Fadi aussi partage la même peur: «Avant que le djebel ne passe à l’insurrection, il y a deux mois, les rebelles demeuraient le plus clair du temps en forêt. Ils ne passaient que furtivement par les villages. Depuis, ils ont leurs quartiers ici, et je redoute que cela nous attire des ennuis.» Il ne jette pour autant pas la pierre à l’ASL, «avec ou sans elle, l’armée commet ses crimes». Mais l’angoisse le tenaille sans répit: «Tôt ou tard, les tanks lanceront une offensive massive pour juguler la révolution dans le djebel. Nous ferons des martyrs comme ceux de Bab Amro. Mais je ne partirai pas.»

Pour son père, le choix est fait aussi: «Je n’en peux plus, cette attente est insupportable. Je pars en Turquie. Au moins, là-bas, je pourrai dormir.» «Et qui s’occupera des pommiers, papa?» «Ce temps-là est révolu, je ne les verrai plus fleurir. Dix ans passeront avant que la paix ne revienne. Il n’est plus possible de revenir en arrière.»

Trois jours plus tard, après cinq tentatives infructueuses, je réussis à regagner la Turquie. Le téléphone sonne, ma main se crispe sur le chapelet qu’Abou Walid m’avait donné en disant: «Prends-le, il te portera chance.» Le capitaine insurgé a reçu vendredi 26 mai une balle dans l’épaule qui lui a sectionné un nerf. Ses compagnons d’armes sont parvenus à le faire passer en Turquie. Il est aux soins intensifs dans un hôpital d’Antioche. Il ne pourra plus jamais tenir une kalach­nikov.

* Boris Mabillard, journaliste et photographe valaisan indépendant, a passé clandestinement dix-sept jours dans le nord-ouest de la Syrie au mois de mai. Il connaît très bien ce pays où il est allé une dizaine de fois par le passé. Y retourner en temps de guerre, pour rendre compte de ce que vivent les Syriens à huis clos, civils et combattants, s’est imposé à lui comme une obligation. Il est un habitué des reportages en terrain difficile. Il a couvert, en 2011, la bataille de Misrata, en Libye. Les ­années précédentes, il s’était notamment rendu en Afghanistan, au Pakistan et en Irak.
_________________
Родион Романович Раскольников
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Raskolnikoff
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MessagePosté le: 20 Juil 2012 13:30    Sujet du message: Répondre en citant

Ce que je crains, c'est qu'au régime atroce et inhumain d'Assad soit substitué un régime de même acabit, mais sunnite....
Les atrocités commises laissent des traces, et il faut souvent plusieurs générations pour que le peuple, divisé en camps ennemis, se réconcilie...
La guerre d'Espagne des années 30 en témoigne....
Mais, peut-on rester indifférent à ces atrocités commises en Syrie actuellement par les sbires d'une clique nauséabonde? Et que faire? Quelles leçons en tirer afin que cela ne se reproduise pas ailleurs?


"Le Temps" de Genève
Syrie vendredi20 juillet 2012
«Des assassins qui tuent aussi bien des femmes que des enfants»
Par Luc Mathieu envoyé spécial dans le djebel chahchabou

Les miliciens à la solde du régime de Damas «sont des assassins sans aucune limite. Ils tuent aussi bien des femmes que des enfants» L’armée syrienne et les milicens alaouites se sont acharnés mercredi sur le village sunnite d’Awach, dans l’ouest de la Syrie. Témoignages

La vieille femme voilée de noir hurle dans ce qui fut sa maison. La pièce principale, qui servait de salon et de chambre, est remplie de gravats. Le mur qui donne sur la rue n’existe plus. Les quelques meubles sont détruits, la vaisselle brisée. A l’extérieur, des enfants fouillent les décombres et récupèrent des éclats d’obus aux arêtes tranchantes. L’un d’eux montre une roquette russe qui n’a pas explosé. «Je n’ai pas de mari, pas de fils, je ne peux aller nulle part. Cette maison était tout ce que je possédais et je ne peux plus y vivre. Je ne pardonnerai jamais à Bachar el-Assad!»

L’armée s’est acharnée sur le village sunnite d’Awach, dans l’ouest du pays. L’attaque a débuté mercredi, à 7h. Deux hélicoptères ont tiré des roquettes, largué une bombe et ouvert le feu à la mitrailleuse lourde. Des dizaines d’habitations se sont écroulées, les toits effondrés et les murs soufflés par les explosions. Une jeune femme a été tuée et plus de 20 habitants du village, dont 12 enfants, ont été blessés. Les bombardements ont repris dans la nuit de mercredi à jeudi. A l’aube, Awach s’était vidé de ses habitants. Seuls quelques dizaines de rebelles y étaient restés.

Ce déchaînement de violence n’étonne pas les commandants de l’Armée syrienne libre (ASL) du djebel Chahchabou. Mercredi, ils avaient applaudi la mort de trois dignitaires du régime, tués dans un attentat à Damas (LT du 19.7.12). Mais quelques heures plus tard, l’excitation avait laissé place à l’inquiétude. Sans illusion, les rebelles savent que le régime cherchera à se venger. «Les soldats vont nous attaquer et nous bombarder encore plus violemment. Ils détruiront et tueront tant qu’ils le pourront, jusqu’à la chute du régime», affirme Abou Hasser, un chef de l’ASL de la province d’Idlib.

Charges d’hélicoptères

Les habitants du djebel Chahchabou et des plaines environnantes sont d’autant plus vulnérables que leurs villages sunnites sont entourés de bourgades alaouites, une branche chiite à laquelle appartient le président El-Assad. Selon eux, le régime veut créer une «zone de sécurité», où les dignitaires pourraient se replier si les rebelles prenaient Damas. Ce réduit alaouite s’étendrait le long de la côte méditerranéenne, depuis la frontière turque jusqu’au port de Tartous, où l’armée russe dispose d’une base. Large de quelques dizaines de kilomètres, il s’arrêterait sur les contreforts des premiers djebels. Cette région n’étant pas exclusivement alaouite, les sunnites sont persuadés que l’armée veut les en chasser, pour mieux les bombarder.

Les forces du régime pilonnent les villes et villages du djebel depuis début juillet. Quand leurs chars, qui tirent depuis des bases situées à plusieurs dizaines de kilomètres, ne sont pas assez précis, elles envoient leurs hélicoptères d’attaque russes. La nuit tombée, des snipers installés au sommet de collines visent les piétons et voitures qui traversent les champs de blé en contrebas.

Mais plus encore que l’armée syrienne, les habitants du djebel craignent les chabiha, ces miliciens à la solde du régime. «Ce sont des assassins sans aucune limite. Ils tuent des civils, aussi bien des femmes que des enfants», explique Abou Ahmar, un commandant de l’ASL. Les chabiha s’associent aux forces syriennes lors d’opérations de nettoyage. Le 12 juillet, ils ont commis un massacre à Treimsa, près de Hama. Originaires des villages alaouites qui encerclent la bourgade de 10 000 habitants, ils s’y sont rués le matin après que l’armée l’a encerclée et bombardée. Dans la maison d’un professeur d’anglais, Mahmoud Darwich, un habitant montre le sol taché de sang. «Ils ont égorgé une personne ici», explique-t-il en désignant les entailles de couteau sur un matelas posé au sol. La pièce d’à côté a été incendiée. Les murs sont recouverts de suie et criblés d’impacts de balle. Selon un médecin de la ville, 19 personnes ont été tuées dans cette maison, dont le professeur et sa famille. Et 15 corps carbonisés ont été retrouvés. De l’autre côté de la rue, des magasins et une école ont été incendiés. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 150 personnes ont été tuées durant le massacre de Treimsa. Les blessés se comptent par dizaines.

Haine tenace

Abou Ossama, 21 ans, en fait partie. Il a été transféré dans un hôpital clandestin. En ce début de soirée, il est allongé sur un matelas sur le toit de la maison. Blessé à une jambe durant le bombardement, il s’est caché durant quatre heures dans les eaux sales d’une rivière avant que des habitants ne l’évacuent du village. «Sa blessure s’est gangrenée, il faut l’amputer», explique un rebelle qui fait office d’infirmier. La pharmacie de l’hôpital de fortune se limite à des antidouleur. «Des civils nous donnent des médicaments et des ravitaillements sont organisés depuis la Turquie. Mais ce n’est pas suffisant, nous avons besoin d’antibiotiques», poursuit le rebelle.

Après seize mois de révolution, les habitants du djebel manquent de tout. L’électricité fonctionne, au mieux, par tranche de trois heures. L’eau courante est coupée quasiment tout le temps. Les habitants les plus chanceux creusent des puits et font bouillir leur eau. Les autres se rationnent. Les stations-service étant contrôlées par l’armée, les ravitaillements en carburant se font dans des épiceries, qui vendent de l’essence coupée.

Personne n’a faim. Les familles peuvent encore se procurer quelques galettes de pain par jour. «Tous les prix ont doublé. Ceux de l’essence, mais aussi des tomates, du riz ou de l’huile, explique un professeur d’anglais. Comme j’ai participé aux premières manifestations, je suis recherché par le régime et je ne peux plus travailler. Je vis en empruntant de l’argent à ma famille.» Les manques sont exacerbés par l’arrivée de réfugiés de villes sunnites bombardées ou sur le point de l’être.

Dans le djebel Chahchabou, la guerre et ses massacres ont créé une haine tenace entre sunnites et Alaouites. Mal à l’aise sur le sujet, les commandants rebelles tentent de la minimiser. «Les Alaouites qui ont tué et assassiné devront être jugés. Ceux qui n’ont rien fait ne seront pas inquiétés», assure Abderazak al-Andour, chef d’un conseil politique local. Les combattants sont moins diplomates. Dans la voiture qui le ramène du village bombardé d’Awach, un rebelle observe, à moins de deux kilomètres de la route, les villes alaouites alignées dans la vallée. «On vient de retrouver le corps d’un fermier qui avait été enlevé il y a dix jours. Ils l’ont lardé de coups de couteau et ont laissé son cadavre sur la route qui rejoint le djebel. Vous croyez vraiment que l’on peut pardonner ça? Selon moi, tous les Alaouites sont des chabiha. Nous ne ferons aucune différence quand nous aurons gagné.»
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Родион Романович Раскольников
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MessagePosté le: 24 Juil 2012 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Syrie mardi24 juillet 2012 "Le Temps" de Genève:

Le nord tente d’organiser l’après-Assad

Par Florence Aubenas envoyée spéciale dans le nord de la Syrie

Le nord de la Syrie qui a déjà basculé tente d’organiser l’après-Assad La région située entre la Turquie et Alep, la grande ville du nord, échappe depuis quelques semaines au régime syrien du parti Baas. Reportage dans les zones «libérées» où la vie reprend doucement

C’est fini. Bachar el-Assad est tombé. Pas en vrai, évidemment, le régime syrien est encore bien installé à Damas malgré d’impressionnants revers. Mais, entre Alep et Azzaz, dans cette région tout à fait au nord du pays, sa chute paraît la seule chose absolument sûre en ces temps où rien ne l’est.

Sur le sol d’une ferme, une dizaine d’hommes sont assis en rond, des gens simples, parlant peu et théorisant encore moins. Des camions de pommes de terre convoient bruyamment la récolte du jour, des femmes et des enfants accrochés en grappe à la benne. Juste derrière, retentit un tir de mortier. L’assemblée s’étonne: d’habitude, les bombardements commencent plutôt vers 20 heures. Puis quelqu’un répète: «Bachar, c’est fini.» Quand? Comment? Qui sera encore en vie? Personne ne juge important de répondre à ces questions-là.

Ici, les routes ne sont barrées par aucun check point du régime: l’armée ne contrôle plus que le ciel, un morceau de frontière et Alep, la deuxième ville du pays.

Pour le reste, cette bande de 60 km de long qui va jusqu’à la Turquie a complètement échappé aux structures officielles. Les écoles, le train, la poste, les administrations, les pouvoirs locaux, tout s’est arrêté progressivement ces derniers mois depuis que les fonctionnaires se replient les uns après les autres vers Alep ou Damas. Les derniers à partir ont été les policiers. «C’est à ce moment-là qu’on a compris qu’on ne reviendrait jamais en arrière, dit quelqu’un. On est d’accord de mourir pour ça.»

A l’entrée du village d’Aktarine, une main a tranquillement tracé un seul mot à la peinture blanche sur une baraque en planches: «Liberté». C’est un des postes de contrôle de l’Armée syrienne libre (ASL). Devant, cinq colosses étonnamment blonds se partagent trois kalachnikovs qu’ils font tourner avec respect dans leurs paumes épaisses de travailleurs des champs. Des habitants ont vendu leur or et leurs bijoux de mariage pour aller les acheter en Turquie. Au besoin, on entassera des pierres pour arrêter les chars, mais on n’en a plus vu ici depuis deux mois.

La situation paraît d’autant plus étonnante que cette zone a longtemps été une des moins remuantes du pays, les mains dans l’agriculture et la tête dans le commerce, se mêlant peu des affaires de la capitale, même quand la vague de révoltes a démarré partout dans le pays, en mars 2011.

A Jibrine, un professeur se souvient de la première manifestation au village, il y a un an peut-être: cinq personnes masquées, dont une seule munie d’une lampe de poche, se sont plantées en pleine nuit au milieu d’un champ. Ils ont osé tenir six minutes exactement avant de détaler.

Vers minuit, l’annonce de l’événement est tombée comme la foudre sur le village. Les gens sont sortis en criant: «La révolution arrive.» Ils étaient très divisés, beaucoup redoutant les coups et les tortures. «Moi, je me suis déjà fait arrêter deux fois: une parce qu’on me suspectait de faire de la politique. Pour l’autre, aucune raison ne m’a été donnée», explique un commerçant. Il en parle calmement, comme l’ordinaire de la vie d’un homme.

Tout Jibrine a adressé aux cinq des suppliques pour ne plus manifester. La semaine suivante, ils étaient huit. Pour échapper aux arrestations, certains se sont mis à dormir dans les champs, un autre a dû s’enfuir à Londres, l’autre a fermé son magasin. Au bout de plusieurs mois, le cortège s’est risqué à apparaître en plein jour au village. Qui sait comment les choses auraient tourné si la police ne s’était pas mise à battre en pleine rue un homme qui fumait sous un porche? A jeter une femme à terre? A tirer sur la foule?

Un maçon fut le premier à mourir lors d’une marche à Marea, un gros bourg du secteur, prospère et bien élevé. On y compte aujourd’hui 28 victimes en tout, 50 à Tal Rifat, près de 70 à Azzar. Un informaticien de la région, qui a gardé des vidéos de ces événements, lance l’invitation de venir les voir. En ce moment, la chaleur et la lumière écrasent tout, 50 degrés peut-être. Chez lui, le ventilateur est arrêté. L’électricité ne fonctionne pas pendant plusieurs heures par jour. Pas d’approvisionnement en essence non plus. L’informaticien estime que ce sont des punitions contre la région: ici, ne vivent que des sunnites, comme la majorité de la population. Il y avait bien quelques membres de la communauté alaouite, généralement nommés à des postes de pouvoir. «Comme toujours, précise l’informaticien. Eux seuls ont une chance d’arriver, pas nous.» Les alaouites en question font partie de ceux qui ont fui quand la situation à commencer à se retourner.

En ville, le taux de change du dollar a déjà grimpé de 48 à 78 livres syriennes. Le prix de la viande a triplé, celui des cigarettes aussi. L’informaticien a revendu son portable, un Nokia dernier cri. Il essaye de se souvenir comment était la vie avant la révolution – c’est le terme consacré ici –, mais il n’y arrive pas.

Tout en servant des sodas, il affiche sur son écran des photos du maçon troué de balles dans la rue principale. «Les gens se sont radicalisés quand ils ont vu que la police les tuait tout simplement parce qu’ils sortaient dehors», commente-t-il. Alors, chaque village a commencé à s’organiser pour protéger les manifestations et ceux que la police menaçait. Des chabiha, ces spécialistes des basses besognes du régime, ont été enlevés et roués de coups à leur tour. Certains ont été tués aussi. Quand les convois militaires sont arrivés, peu après, en mai 2012, ils ont été attaqués aussi.

Sur l’ordinateur de l’informaticien continuent de défiler d’autres vidéos de corps brûlés ou de gens flagellés, tout un martyrologe d’une violence nue, que le tremblement des images, tournées par des amateurs, rend moins supportable encore. A vrai dire, c’est presque devenu un rituel ici que d’accueillir des hôtes avec ces films-là. Poliment, le maître de maison s’enquiert: «Et vous avez vu celui des sept personnes d’une même famille tuées chez elles au couteau par les soldats de Bachar, près d’Alep?» On offre de faire des copies. On les regarde encore et encore, jusqu’à ne plus pouvoir garder les yeux ouverts. Il y a un an peut-être, elles auraient terrorisé. Aujourd’hui, elles galvanisent, faisant pleinement partie de la révolte et de sa dynamique. Au fin fond de chaque village, des gamins brandissent à bout de bras, comme une revendication, des téléphones portables sans puce ni réseau, juste pour filmer ce pays interdit où toute photo prise sur la voie publique, même celle de son propre mariage, peut faire envoyer n’importe qui au cachot.

Le long des champs, séparés par des rangées de tournesol, la moitié des maisons sont vides. Trois hélicoptères tournent dans le ciel. L’autre jour, ils ont mitraillé un enfant, puis un type sur une moto et une moissonneuse-batteuse. Tous les jours, les bombardements recommencent, dans un coin ou un autre, parfois même plusieurs.

La stratégie paraît autant policière que militaire: effrayer les gens. Régulièrement, au bord d’une route, on croise un père de famille qui se prépare à la fuite, entassant meubles et enfants à l’arrière d’un camion. Ils se croisent avec des exilés politiques qui, eux, font le chemin inverse, revenant au village après trente ans au Yémen ou en Arabie saoudite. Ils pleurent, jubilent, jurent de ne plus repartir.

Un peu partout, les bâtiments institutionnels ont été bombardés par l’armée de Bachar el-Assad elle-même, hôpitaux, conseil de la ville ou celui de la région, centres de recrutement militaire, laissant l’étrange impression d’un régime qui se saborde lui-même.

«Ils ont peur que nous nous y installions», explique Youssef Châabane, un des seuls à accepter de donner son identité. Depuis la fuite du chef de la municipalité de Tal Rifat, il a été choisi pour le remplacer par les grandes familles de la ville. Elles ont aussi désigné un de leurs membres pour siéger avec lui, 20 en tout. La plupart sont, comme Châabane, des hommes d’affaires travaillant surtout avec les pays du Golfe ou la Turquie. Il rigole: «On peut faire de l’argent partout, sauf en Syrie. El-Assad et sa famille prennent tout, les autres n’ont rien.»

Il voudrait un «pays simple», où on pourrait faire du business «normalement», aller sans crainte au supermarché avec sa famille, faire construire sa maison sans bakchich, dire ce qu’on veut dans la rue. Des services locaux ont repris, comme si de rien n’était, un tribunal local ou le ramassage des ordures.

Châabane espère que tout va aller vite maintenant et qu’il pourra se retirer de la politique. Il trouve ça trop compliqué. Quand on lui demande ce qu’il pense du Conseil national syrien (CNS), la principale force d’opposition à l’extérieur du pays, Châabane ne dit rien. Il rit. La plupart des gens ont la même réaction que lui. D’autres se fâchent. «On n’a pas besoin de gens comme ça, qui ne travaillent que pour eux-mêmes. Où sont-ils aujourd’hui? Ils n’aident même pas les réfugiés syriens dans les camps en Turquie. On n’a pas besoin d’eux: nous ferons tout avec nos mains.» Dans la rue, des gamins demandent si quelqu’un a une caméra. Ils crient: «Kofi Annan, regarde-nous: on meurt à la télé.»

Plus loin sur la route, le commandant Tarik, des forces syriennes libres, s’est installé avec ses hommes dans une des nombreuses écoles. Dans les armoires, les bulletins scolaires enfants ont été entassés en piles. Tous portent sur la couverture la photo de Bachar el-Assad. A 15 ans, chaque élève doit signer son adhésion au parti Baas. Le commandant Tarik a été chômeur avant la révolution, puis comptable dans une entreprise de BTP. C’est un bel homme, avec de la prestance, et sans doute a-t-il trouvé dans la situation tourmentée du pays une place qui lui convient mieux: il dirige un des sept groupes municipaux de l’ASL, qu’ont aussi rejoint l’électricien, un paysan ou trois de ses propres frères.

Le commandant Tarik montre volontiers des photos de lui en uniforme, l’autre, celui de l’armée de Bachar el-Assad. C’était le temps de son service militaire. Avant la révolution, il aurait sans doute été fier de servir le pays. Cela aurait été un honneur. Mais seuls les alaouites décrochaient les places, dit-il. On n’a pas voulu de lui.

L’ASL est aujourd’hui accusée par le gouvernement de se faire livrer des armes du Qatar. Le commandant Tarik lève un sourcil. Il aimerait bien. Et de France aussi. Et d’Angleterre. Et d’où on veut. Il répète: «Guns, guns, we need guns [«des armes, des armes, nous avons besoins d’armes»].» C’est la seule phrase d’anglais qu’il connaisse.

A Damas, Bachar el-Assad a annoncé qu’il allait sévèrement reprendre les choses en main. Le mois de ramadan vient de commencer et, pour le premier jour de jeûne, des roquettes sont tombées sur la région dès le petit matin. Les bombardements se sont poursuivis toute la journée.
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MessagePosté le: 25 Juil 2012 22:10    Sujet du message: Répondre en citant

Un texte, "côté syrien", dans la mesure où il est en contradiction avec les points de vue communément admis en Occident. Il émane d'un certain Thierry Meyssan, président du "Réseau Voltaire", résidant actuellement au Liban.

http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EFuFEylAklbfmrjUCW.shtml

24/07/12 :: 15:28

Qui se bat en Syrie ?

Alors que la presse occidentale présente l’Armée syrienne libre comme une organisation révolutionnaire armée, Thierry Meyssan affirme depuis plus d’un an qu’il s’agit au contraire d’une formation contre-révolutionnaire. Selon lui, elle serait progressivement passée des mains des monarchies réactionnaires du Golfe à celle de la Turquie, agissant pour l’OTAN. Une telle affirmation à contre-courant requiert une démonstration argumentée…
_________________________

Depuis 18 mois, la Syrie est en proie à des troubles qui n’ont cessé d’augmenter jusqu’à devenir un vaste conflit armé ayant déjà causé la mort d’environ 20 000 personnes. S’il y a consensus sur ce constat, les narrations et les interprétations divergent au-delà.


Pour les États occidentaux et leur presse, les Syriens aspireraient à vivre à l’occidentale dans des démocraties de marché. Suivant les modèles tunisien, égyptien et libyen du « printemps arabe », ils se seraient soulevés pour renverser leur dictateur Bachar el-Assad. Celui-ci aurait réprimé les manifestations dans le sang. Alors que les Occidentaux auraient souhaité intervenir pour faire cesser le massacre, les Russes et les Chinois, par intérêt ou par mépris de la vie humaine, s’y seraient opposés.


Au contraire, pour tous les États qui ne sont pas vassalisés par les USA et pour leur presse, les États-Unis auraient lancé une opération contre la Syrie qu’ils planifiaient de longue date. D’abord par le truchement de leurs alliés régionaux, puis directement, ils auraient infiltré des bandes armées qui ont déstabilisé le pays, sur le modèle des Contras du Nicaragua. Cependant ceux-ci n’auraient trouvé qu’un très faible soutien intérieur et auraient été mis en déroute pendant que la Russie et la Chine aurait empêché l’OTAN d’anéantir l’armée syrienne et de renverser ainsi l’équation régionale.


Qui dit vrai ? Qui se trompe ?


Les groupes armés en Syrie ne défendent pas la démocratie,
ils la combattent


En premier lieu, l’interprétation des événements syriens comme un épisode du « printemps arabe » est une illusion car ce « printemps » n’a pas de réalité. C’est un slogan publicitaire pour présenter positivement des faits hétéroclites. S’il y a bien eu une révolte populaire en Tunisie, au Yémen et au Bahrein, il n’y en a pas eue, ni en Égypte, ni en Libye. En Égypte, les manifestations de rue se sont limitées à la capitale et à une certaine bourgeoisie, jamais, absolument jamais, le peuple égyptien ne s’est senti concerné par le spectacle télégénique de la place Tahrir [1]. En Libye, il n’y a pas eu de révolte politique, mais un mouvement séparatiste de la Cyrénaïque contre le pouvoir de Tripoli, puis l’intervention militaire de l’OTAN qui a coûté la vie à environ 160 000 personnes.


La station libanaise NourTV a connu un vif succès en diffusant une série d’émissions d’Hassan Hamade et Georges Rahme intitulée « Le printemps arabe, de Lawrence d’Arabie à Bernard-Henri Lévy ». Les auteurs y développent l’idée que le « printemps arabe » est un remake de la « révolte arabe » de 1916-1918 orchestrée par les Britannique contre les Ottomans. Cette fois, les occidentaux ont manipulé les situations pour renverser une génération de leaders et imposer les Frères musulmans. De fait, le « printemps arabe » relève de la publicité mensongère. Désormais, le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, et Gaza sont gouvernés par une confrérie qui d’un côté impose un ordre moral, et de l’autre soutient le sionisme et la capitalisme pseudo-libéral, c’est-à-dire les intérêts d’Israël et des Anglo-Saxons. L’illusion s’est dissipée. Certains auteurs, comme le Syrien Said Hilal Alcharifi raillent désormais le « printemps otanien ».


Deuxièmement, les dirigeants du Conseil national syrien (CNS) comme les commandants de l’Armée syrienne libre (ASL) ne sont aucunement des démocrates, au sens qu’ils seraient favorables à « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », suivant la formule d’Abraham Lincoln reprise dans la Constitution française.
Ainsi, le premier président du CNS fut l’universitaire parisien Burhan Ghalioun. Il n’était aucunement « un opposant syrien persécuté par le régime » puisqu’il venait et circulait librement dans son pays. Il n’était pas non plus un « intellectuel laïque » comme il le prétend, puisqu’il était le conseiller politique de l’Algérien Abbassi Madani, président du Front islamique du salut (FIS), aujourd’hui réfugié au Qatar.
Son successeur, Abdel Basset Syda [2], n’est entré en politique qu’au cours des derniers mois, et s’est immédiatement affirmé comme un simple exécutant des volontés états-uniennes. Dès son élection à la tête du CNS, il s’est engagé non pas à défendre la volonté de son peuple, mais à appliquer la « feuille de route » que Washington a rédigé pour la Syrie : The Day after.
Les combattants de l’Armée syrienne libre ne sont pas plus des militants de la démocratie. Ils reconnaissent l’autorité spirituelle du cheikh Adnan al-Arour, un prêcheur takfiriste, qui appelle à renverser et à tuer Bachar el-Assad non pour des motifs politiques, mais uniquement parce qu’il est de confession alaouite, c’est-à-dire hérétique à ses yeux. Tous les officiers identifiés de l’ASL sont sunnites et toutes les brigades de l’ASL portent des noms de figures historiques sunnites. Les « tribunaux révolutionnaires » de l’ASL condamnent à mort leurs opposants politiques (et pas seulement les partisans de Bachar el-Assad) et les mécréants qu’ils égorgent en public. Le programme de l’ASL est de mettre fin au régime laïque installé par le Baas, le PSNS et les communistes au profit d’un régime confessionnel sunnite pur.


Le conflit syrien a été prémédité par les Occidentaux


La volonté occidentale d’en finir avec la Syrie est connue et elle suffit largement à expliquer les événements actuels. Rappelons ici quelques faits qui ne laissent aucun doute sur la préméditation des événements [3].


La décision de faire la guerre à la Syrie a été prise par le président George W. Bush lors d’une réunion à Camp David, le 15 septembre 2001, juste après les attentats spectaculaires de New York et Washington. Il était prévu d’intervenir simultanément en Libye pour montrer la capacité d’action sur un double théâtre d’opération. Cette décision a été attestée par le témoignage du général Wesley Clark, ex-commandeur suprême de l’OTAN, qui y était opposé.


Dans la foulée de la chute de Bagdad, en 2003, le Congrès a adopté deux lois donnant instruction au président des États-Unis de préparer une guerre contre la Libye et une autre contre la Syrie (le Syria Accountability Act).


En 2004, Washington a accusé la Syrie de cacher sur son sol les armes de destruction massive que l’on ne parvenait pas à trouver en Irak. Cette accusation a fait long feu lorsqu’il a été admis que ces armes n’avaient jamais existé et n’étaient qu’un prétexte pour envahir l’Irak.


En 2005, après l’assassinat de Rafik Hariri, Washington a tenté d’entrer en guerre contre la Syrie, mais n’y est par parvenu car elle a retiré son armée du Liban. Les États-Unis ont alors suscité des faux témoignages pour accuser le président el-Assad d’avoir commandité l’attentat et ils ont créé un tribunal international d’exception pour le juger. Mais ils ont en définitive été contraints de retirer leurs fausses accusations après que leurs manipulations aient été mises à jour.


En 2006, les États-Unis ont commencé à préparer la « révolution syrienne » en créant le Syria Democracy Program. Il s’agissait de créer et de financer des groupes d’opposition pro-occidentale (comme le Mouvement pour la Justice et le Développement). Au financement officiel du département d’État s’est ajouté un financement secret de la CIA via une association californienne, le Democracy Council.


Toujours en 2006, les États-Unis ont sous-traité à Israël une guerre contre le Liban, dans l’espoir d’y impliquer la Syrie et de pouvoir intervenir. Mais la rapide victoire du Hezbollah a fait échouer ce plan.


En 2007, Israël a attaqué la Syrie, bombardant une installation militaire (Opération Orchard). Mais là encore, Damas a gardé son sang-froid et ne s’est pas laissé entraîné dans la guerre. Des vérifications ultérieures de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont montré qu’il ne s’agissait pas d’un site nucléaire, contrairement à ce qui avait été affirmé par les Israéliens.


En 2008, lors de la réunion que l’OTAN organise annuellement sous le titre Groupe de Bilderberg, la directrice de l’Arab Reform Initiative, Bassma Kodmani, et le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, Volker Perthes, exposèrent brièvement au Gotha américano-européen les avantages économiques, politiques et militaires d’une possible intervention de l’Alliance en Syrie.


En 2009, la CIA a mis en place des outils de propagande à destination de la Syrie comme la chaîne BaradaTV, basée à Londres, et OrientTV basée à Dubai.


À ces éléments historiques, ajoutons qu’une réunion s’est tenue au Caire, la seconde semaine de février 2011, autour de John McCain, Joe Lieberman et Bernard-Henry Lévy, des personnalités libyennes comme Mahmoud Jibril (alors numéro 2 du gouvernement de la Jamahiriya) et des personnalités syriennes comme Malik al-Abdeh et Ammar Qurabi. C’est cette réunion qui donna le signal des opérations secrètes qui débutèrent à la fois en Libye et en Syrie (le 15 février à Benghazi et le 17 à Damas).


En janvier 2012, les départements US d’État et de la Défense constituèrent le groupe de travail The Day After. Supporting a democratic transition in Syria qui rédigea à la fois une nouvelle constitution pour la Syrie et un programme de gouvernement [4].


En mai 2012, l’OTAN et le CCG mirent en place le Working Group on Economic Recovery and Development of the Friends of the Syrian People, sous co-présidence allemande et émiratie. L’économiste syro-britannique Ossam el-Kadi y élabora un partage des richesses syriennes entre les États membres de la coalition, à appliquer le « jour d’après » (c’est-à-dire après le renversement du régime par l’OTAN et le CCG) [5].


Révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ?


Les groupes armés ne sont pas issus des manifestations pacifiques de février 2011. Ces manifestations dénonçaient en effet la corruption et réclamaient plus de libertés, tandis que les groupes armés —nous l’avons vu plus haut— ressortent de l’islamisme.


Au cours des dernières années, une terrible crise économique a frappé les campagnes. Elle était due aux mauvaises récoltes, qui ont été à tort appréhendées comme des malheurs passagers alors qu’elles étaient la conséquences de changements climatiques durables. À cela se sont ajoutées des erreurs dans la mise en œuvre de réformes économiques qui ont désorganisé le secteur primaire. Il s’en est suivi un fort exode rural auquel le gouvernement a su faire face, et une dérive sectaire de certains paysans que le pouvoir a négligé. Dans de nombreuses régions, l’habitat rural n’était pas concentré en villages, mais dispersé sous forme de fermes isolées, personne n’a mesuré l’ampleur du phénomène jusqu’à ce que ses adeptes se regroupent.


En définitive, alors que la société syrienne incarne le paradigme de la tolérance religieuse, un courant takfiriste s’est développé en son sein. Il a fourni la base des groupes armés. Ceux-ci ont été richement financés par les monarchies wahhabites (Arabie saoudite, Qatar, Sharjjah).
Cette manne a suscité le ralliement de nouveaux combattants parmi lesquels on trouve des parents de victimes de la répression massive du sanglant coup d’État manqué des Frères musulmans, en 1982. Leur mobile est souvent moins idéologique que personnel. Il ressort de la vendetta.
De nombreux voyous et repris de justice appâtés par l’argent facile se sont ajoutés : un « révolutionnaire » est payé 7 fois le salaire moyen.
Enfin, des professionnels ayant combattu en Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie ou Irak ont commencé à affluer. Au premier rangs desquels les hommes d’Al Qaida en Libye, conduits par Abdelhakim Belhaj en personne [6]. Les médias les présentent comme des jihadistes, ce qui est inapproprié, l’islam ne concevant pas de guerre sainte contre des coreligionnaires. Ce sont avant tout des mercenaires.


La presse occidentale et du Golfe insiste sur la présence de déserteurs dans l’ASL. C’est certain, mais il est par contre faux qu’ils aient fait défection après avoir refusé de réprimer des manifestations politiques. Les déserteurs en question rentrent presque toujours dans les cas que nous avons précédemment cités. Au demeurant, une armée de 300 000 hommes a forcément parmi elle ses fanatiques religieux et ses voyous.


Les groupes armés utilisent un drapeau syrien à bande verte (au lieu de la bande rouge) et à trois étoiles (au lieu de deux). La presse occidentale le qualifie de « drapeau de l’indépendance », car il était en vigueur au moment de l’indépendance du pays, en 1946. En réalité, il s’agit du drapeau du mandat français qui resta en vigueur lors de l’indépendance formelle du pays (1932 à 1958). Les trois étoiles représentent les trois districts confessionnels du colonialisme (alaouite, druze et chrétien). Utiliser ce drapeau, ce n’est certainement pas brandir un symbole révolutionnaire. Au contraire, c’est affirmer vouloir prolonger le projet colonial, celui de l’Accord Sykes-Picot de 1916 et du remodelage du « Moyen-Orient élargi ».


Au cours des 18 mois d’action armée, ces groupes armés se sont structurés et plus ou moins coordonnés. En l’état actuel,la grande majorité sont passés sous commandement turc, sous le label Armée syrienne libre. De fait, ils sont devenus des supplétifs de l’OTAN, le quartier général de l’ASL étant même installé sur la base aérienne de l’OTAN à Incirlik. Les islamistes les plus durs ont formé leurs propres organisations ou ont rejoint al-Qaida. Ils sont sous le contrôle du Qatar ou de la branche sudeiri de la famille royale saoudienne [7]. De facto, ils sont rattachés à la CIA.


Cette constitution progressive, qui part de paysans pauvres pour se terminer avec un afflux de mercenaires, est identique à ce que l’on a connu au Nicaragua lorsque la CIA organisa les Contras pour renverser les sandinistes, ou que l’on avait connu à Cuba lorsque la CIA organisa le débarquement de la Baie des cochons pour renverser les castristes. Précisément, c’est de ce modèle que les groupes armés syriens se revendiquent aujourd’hui : en mai 2012, les Contras cubains ont organisé à Miami des séminaires de formation à la guérilla contre-révolutionnaire pour leurs homologues syriens [8].


Les méthodes de la CIA sont partout les mêmes. Ainsi les Contras syriens ont concentré leur action militaire d’une part sur la création de bases fixes (mais aucune n’a tenu, même pas l’Émirat islamique de Baba Amr), puis sur le sabotage de l’économie (destruction des infrastructures et incendie des grandes usines), enfin sur le terrorisme (déraillement de trains de passagers, attentats à la voiture piégée dans des sites fréquentés, assassinat de leaders religieux, politiques et militaires).


Par conséquent, la partie de la population syrienne qui pouvait avoir de la sympathie pour les groupes armés au début des événements, pensant qu’ils représentaient une alternative au régime actuel, s’en sont progressivement désolidarisés.


Sans surprise, la bataille de Damas a consisté à faire converger vers la capitale les 7 000 combattants dispersés dans le pays et des armées de mercenaires en attente dans les pays limitrophes. Des dizaines de milliers de Contras ont tenté de pénétré le pays. Ils se sont déplacés simultanément en nombreuses colonnes de pick-up, préférant traverser les déserts que prendre les autoroutes. Une partie d’entre eux a été stoppée par des bombardements aériens et a du rebrousser chemin. D’autres après s’être emparés de postes-frontière sont parvenus à la capitale. Il n’y ont pas trouvé le soutien populaire escompté. Au contraire, ce sont les habitants qui ont guidé les soldats de l’Armée nationale pour les identifier et les déloger. Au final, ils ont été contraints de battre en retraite et ont annoncé qu’à défaut de prendre Damas, ils prendraient Alep. Au demeurant, cela montre qu’ils ne sont ni des Damascènes en révolte, ni des Alepains, mais des combattants itinérants.


L’impopularité des groupes armés doit être comparée avec la popularité de l’Armée régulière et des milices d’auto-défense. L’Armée nationale syrienne est une armée de conscription, c’est donc une armée populaire, et il est impensable qu’elle puisse servir à une répression politique. Depuis peu, le gouvernement a autorisé la constitution de milices de quartiers. Il a distribué des armes aux citoyens qui se sont engagés à consacrer chaque jour 2h de leur temps pour défendre leur quartier, sous encadrement militaire.


Des vessies pour des lanternes


En son temps, le président Reagan rencontra quelques difficultés pour présenter ses Contras comme des « révolutionnaires ». Il créa pour cela une structure de propagande, le Bureau de la diplomatie publique, dont il confia la direction à Otto Reich [9]. Celui-ci corrompit des journalistes dans la plupart des grands médias US et ouest-européens pour intoxiquer le public. Il lança entre autres une rumeur selon laquelle les sandinistes disposaient d’armes chimiques et risquaient de les utiliser contre leur propre peuple. Aujourd’hui la propagande est dirigée depuis la Maison-Blanche par le conseiller de sécurité nationale adjoint chargé des communications stratégiques, Ben Rhodes. Il applique les bonnes vieilles méthodes et a ressorti contre le président el-Assad la rumeur des armes chimiques.


En collaboration avec le MI6 britannique, Rhodes a réussi a imposer comme principale source d’information des agences de presse occidentales une structure fantôme : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les médias n’ont jamais questionné la crédibilité de cette signature, alors même que ses affirmations ont été démenties par les observateurs de la Ligue arabe et par ceux des Nations Unies. Mieux, cette structure fantôme, qui n’a ni locaux, ni personnel, ni expertise, est également devenue la source d’information des chancelleries européennes depuis que la Maison-Blanche les a convaincues de retirer leur personnel diplomatique de Syrie.


Ben Rhodes a également organisé des spectacles pour journalistes en mal d’émotions. Deux tours operators ont été mis sur pied, l’un au cabinet du Premier ministre turc Erdogan et le second au cabinet de l’ex-Premier ministre libanais Fouad Siniora. Les journalistes qui le souhaitaient étaient invités à entrer illégalement avec des passeurs en Syrie. On offrait durant des mois un voyage depuis la frontière turque dans un village témoin situé en montagne. On pouvait y réaliser des séances photos avec des « révolutionnaires » et « partager le quotidien des combattants ». Puis, pour les plus sportifs, on pouvait depuis la frontière libanaise aller visiter l’Émirat islamique de Baba Amr.


Fort étrangement, nombre de journalistes ont observé eux-mêmes d’énormes falsifications, mais ils n’en ont tiré aucune conclusion. Ainsi, un célèbre reporter-photographe a filmé les « révolutionnaires » de Baba Amr brûler des pneus pour dégager de la fumée noire et faire accroire à un bombardement du quartier. Il a diffusé ces images sur Channel4 [10], mais a continué à affirmer qu’il avait été témoin du bombardement de Baba Amr relaté par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme.


Ou encore, le New York Times a relevé que des photos et vidéos transmises par le service de presse de l’Armée syrienne libre et montrant de valeureux combattants étaient des mises en scène [11]. Les armes de guerre étaient en réalité des répliques, des jouets pour enfants. Le quotidien a néanmoins continué à croire en l’existence d’une armée de déserteurs de près de 100 000 hommes.


Selon un schéma classique, les journalistes préfèrent mentir que reconnaître qu’ils se sont fait manipuler. Une fois bernés, ils participent donc consciemment au développement du mensonge qu’ils ont découvert. Reste à savoir si vous, lecteurs de cet article, préférerez aussi fermer les yeux ou si vous déciderez de soutenir le peuple syrien contre l’agression des Contras.
________
*
http://www.voltairenet.org/fr
inv
Notes :
[1] La place Tahrir n’est pas la plus vaste du Caire. Elle a été choisie pour des raisons de marketing, le mot Tahrir se traduisant dans les langues européennes par Liberté. Ce symbole n’a évidemment pas été choisi par les Égyptiens, car il existe plusieurs mots en arabe pour désigner la Liberté. Or, Tahrir indique la Liberté que l’on reçoit, pas celle que l’on acquiert.

[2] La presse occidentale a pris l’habitude d’orthographier le nom de M. Syda en ajoutant un « a », en « Sayda », de manière à éviter la confusion avec la maladie du même nom. Ndlr

[3] Le terme « préméditation » s’emploie normalement en droit criminel. En matière politique, le terme adéquat est « complot », mais l’auteur s’est abstenu de l’utiliser car il suscite une réaction hystérique de la part de ceux qui s’appliquent à faire croire que la politique occidentale est transparente et démocratique. Ndlr

[4] « Washington a rédigé une nouvelle constitution pour la Syrie », Réseau Voltaire, 21 juillet 2012.

[5] « Les « Amis de la Syrie » se partagent l’économie syrienne avant de l’avoir conquise », par German Foreign Policy, traduction Horizons et débats, Réseau Voltaire, 14 juin 2012.

[6] « L’Armée syrienne libre est commandée par le gouverneur militaire de Tripoli », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 décembre 2011.

[7] Pour plus de détails, lire « La Contre-révolution au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda/Réseau Voltaire, 11 mai 2011.

[8] « L’opposition syrienne prend ses quartiers d’été à Miami », par Agence Cubaine de Nouvelles, Jean Guy Allard, Réseau Voltaire, 25 mai 2012.

[9] « Otto Reich et la contre-révolution », par Arthur Lepic, Paul Labarique, Réseau Voltaire, 14 mai 2004.

[10] « Syria’s video journalists battle to telle the ’truth’ », Channel4, 27 mars 2011.

[11] “Syrian Liberators, Bearing Toy Guns”, par C. J. Chivers, The New York Times, 14 juin 2012.


Moi, pour ma part, je lis ce qui se dit de tous bords, et essaye de comprendre ce qui s'y passe..... Je trouve le régime syrien exécrable, sans pour autant accorder de crédit aux opposants composés en grande partie de sunnites proches de frères musulmans. Je suis inquiet d'un éventuel engagement de la Turquie prise dans la tempête au milieu des tergiversations d'un gouvernement qui ne m'inspire guère confiance. Les pires scénarios me viennent à l'esprit, et notamment celui d'un célèbre roman-fiction du début de la décennie, "Metal firtina" (Tempête de métal) qui imaginait l'invasion de la Turquie par les forces US à travers la Syrie, à la faveur des troubles dans ce pays et à l'Est de l'Anatolie.....
La fiction se mêle-t-elle à la réalité?

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MessagePosté le: 31 Juil 2012 20:36    Sujet du message: turquie syrie Répondre en citant

et pour qui il se prennent ses iraniens a mettre en garde la turquie,
il ferait mieux de nous garder comme amis car assad le chiite c'est presque fini, et les accords irrano syriens avec,

C est quand meme la turquie qui s'opposent a toute interventions contre l'iran ,

Je crois que s'il continu de nous menace notre politique vis avis de l'iran risque bien de change

Bien seul la turquie dans ce monde,il faut reconnaitre que nos seul vrai allié sont les etats unis
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MessagePosté le: 31 Juil 2012 21:12    Sujet du message: Répondre en citant

Vous voyez les choses sous l'angle chiite - sunnite.
Notre seul allié , les US????
Laissez moi rigoler..
Vous avez oublié les épisodes où les amerloques ont mis des cagoules sur la tête des soldats turcs?
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MessagePosté le: 01 Aoû 2012 13:50    Sujet du message: Répondre en citant

Non je n'ai pas oublié , mais je pense que dans l'etat actuel il faut jouer le jeu dans ce sens la , meme la syrie a plus de véritable allié que nous n'en avons , je dis que nous sommes bien seul mais que nous sommes dans l'otan allié sur le papier avec l'occident ,

Il fut un temps ou je pensais qu'il fallait s'allié avec nos voisins arabe mais je me rend compte que l'on se retrouve vite éseulé avec ses derniers.

ils sont politiquement instable , ils n'inspirent pas confiance ,

Donc ce que nous avons a faire de mieux c'est de garder toujours une excellente relation avec les etats unis .

Finalement l'administration obama ce n'est pas l'administration Buch et nous n'avons jamais eu de guerre avec les ricains .

Les USA ont eux aussi plus qu'interet a garder une bonne relation
avec la turquie
Je pense que l'AKP va dorénavant allé dans ce sens
Je suis d'avis qu'il faut absolument,évité d'entrer dans une guerre seul ,
ils essaient de nous mettre dans une guerre a trois front syriens iraniens et celui existant du pkk, je ne suis pas d'accord quand certain intervenant disent que erdogan se jette dans le piege tendu ,
si c etait le cas il aurait riposté immediatement lorsque le F4 A ete abattu,

C'est bien compliqué tout ca allah hayirlisini versin,
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MessagePosté le: 01 Aoû 2012 16:36    Sujet du message: Répondre en citant

D'après moi, Davutoglu et la diplomatie turque ne savent pas ce qu'ils font, ils sont dépassés car ils luttent sur plusieurs fronts qui sont contradictoires.
Le pkk se révèle ne pas être juste une poignée de paramilitaires mais une organisation révolutionnaire largement soutenue par la population locale qui serait sur le point de controler des zones entières de la région avec l'appui de leurs frères outre la frontière syrienne. Le nord de l'Irak, déjà indépendant, le nord de la Syrie qui l'est aussi de fait. un Kurdistan transfrontalier existe déjà. La presse en parle peu mais c'est une réalité.
L'armée turque n'a pas bougé le petit doigt à aucun moment depuis le début de l'année malgré ces changements qui sont discrets et incontrolables.
Comme le disait Barzani, la Turquie sait surtout professer des menaces et parle beaucoup.
Cette situation montre surtout la complexité des enjeux dans la région, complexité des mécanismes d'alliances internationaux où les intérêts des alliés se collapsent.
L'otan aurait pu intervenir comme en Lybie et ne l'a pas fait. La Turquie aurait pu intervenir comme elle avait menacé de le faire dans les années 90 contre la Syrie et ne l'a pas fait.
Dans l'affaire syrienne, les mécanismes sont autrement plus dangereux qu'avec les autres pays du printemps arabe, si on considère que celui ci existe vraiment. L'iran, la Russie et la Chine sont de la partie, ce qui élargie les risques d'une intervention militaire dans la région.
Le véritable enjeu est la sécurité de l'Iran. La Syrie est la dernière tête de pont de l'influence des chiites de Téhéran dans le moyen-orient, des alliés des iraniens au Liban et en Irak. La chute d'Esad, c'est couper cette influence iranienne hors de ses frontières, l'isolement de l'Iran va être désormais total pour une intervention américaine dans ce pays. C'est ce que veulent depuis des lustres les monarchies sunnites de la région.
Cette politique d'isolement de l'Iran a un coût auquel la Turquie n'a plus les moyens de s'opposer, la création d'un Kurdistan autonome transfrontalier. La lutte contre les indépendantistes kurdes qu'on nomme à tord "pkk" ne peut être gagnée, c'est ce qu'a enfin compris le gouvernement turc qui est sclérosé dans ses décisions et s'en remet directement à l'influence américaine sans laquelle il ne peut prendre de décision radicale comme une intervention militaire.
La Turquie est obligée de jouer le jeu des américains et fait partie de la grande politique d'islamisation globale de la région, seule garante d'un approvisionnement stable en pétrole. Le Turquie sacrifie donc ses intérêts car elle s'est crûe capable de jouer un rôle rassembleur dans la région et d'influence économique. La présence unique des entreprises turques dans le nord de l'Irak, au coeur même du nouveau Kurdistan montre par cet effet de contradiction, qu'elle adhère pleinement au jeu américain en investissant dans un nouveau pays qu'elle n'est censée ne pas reconnaitre....
Le gouvernement turc n'a pas de vision, pas de projet, il se contente de récolter des bénéfices, là où il est facile sans prendre de risque de mettre le doigt dans un mécanisme qui serait la fin de sa bonne image dans le monde musulman. Davutoglu et erdo ont une marge de manoeuvre très réduite et sont complètement perdu.
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MessagePosté le: 01 Aoû 2012 18:01    Sujet du message: Répondre en citant

A croire par votre discours que c'est le gouvernement Akp qui a créer la crise en syrie ,elle n'est que la continuité du printemps arabe , certe cette crise a bien servi les interets de ceux qui sont contre le rassemblement du monde arabo musulman . Erdogan dirige son pays mais il ne pouvait pas prevoir la crise actuelle.

Les mouvements kurdes au nord de le syrie ne sont qu'une manipulation d'assad , une représaille vis a vis de la turquie .

Je pense au contraire qu'il a été mené une politique courageuse en syrie.

Il n'est pas juste de dire que toute la population du sud est anatolien
soutiens le pkk , ce n'est meme qu'une minorité.

Cette etat kurde pretendu n'est qu'imaginaire IL n'existe pas , un pays ne peu exister que en etant reconnu par ses voisins dabord et l'ONU.

Est ce que c'est le cas ? non

C'est pas parce que une poignee de kurde marche sur une route desende deux ou trois drapeaux , qu'ils ont l'influence au nord de la syrie

La turquie ne craint personne ,et protegera toujours le moindre centimetre de territoire oui selon barzani elle parle beaucoup agit militairement moins ,car elle prefere la diplomatie, alors que le pays a une croissance remarquable ,pourquoi s'embourber dans une guerre qui risque de faire fuir tous les capitaux etranger

Ce n'est pas le moment d'avoir une guerre il faut grandir encore ,et proteger nos frontieres tout ce qui est en dehors comment peut il le gerer .

Le départ de moubarak et l'arrivée de morsi n'a arrangé personne ni israel ni les etats unis ni l'europe ni personne est ce qu'ils ont pu y faire
quelque chose? Non

Vous pretendez un etat une organisation terroriste ,qui vit de raquette de trafic de drogue et tout trafic en tout genre.
La turquie investit ses entreprises dans le nord de l'irak et non au kurdistan.Moi je peu vous dire que tant que la turquie sera la en toute integrité ,il n'y aura pas de kurdistan.

Mais finalement tout est a prendre ,pour essayé d'affaiblir ce gouvernement soutenu par 50% des turcs
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MessagePosté le: 01 Aoû 2012 22:58    Sujet du message: Répondre en citant

medar69 a écrit:

Non je n'ai pas oublié , mais je pense que dans l'etat actuel il faut jouer le jeu dans ce sens la , meme la syrie a plus de véritable allié que nous n'en avons , je dis que nous sommes bien seul mais que nous sommes dans l'otan allié sur le papier avec l'occident ,

Il fut un temps ou je pensais qu'il fallait s'allié avec nos voisins arabe mais je me rend compte que l'on se retrouve vite éseulé avec ses derniers.

ils sont politiquement instable , ils n'inspirent pas confiance ,

Donc ce que nous avons a faire de mieux c'est de garder toujours une excellente relation avec les etats unis .

Finalement l'administration obama ce n'est pas l'administration Buch et nous n'avons jamais eu de guerre avec les ricains .

Les USA ont eux aussi plus qu'interet a garder une bonne relation
avec la turquie
Je pense que l'AKP va dorénavant allé dans ce sens
Je suis d'avis qu'il faut absolument,évité d'entrer dans une guerre seul ,
ils essaient de nous mettre dans une guerre a trois front syriens iraniens et celui existant du pkk, je ne suis pas d'accord quand certain intervenant disent que erdogan se jette dans le piege tendu ,
si c etait le cas il aurait riposté immediatement lorsque le F4 A ete abattu,

C'est bien compliqué tout ca allah hayirlisini versin,


Hélas, à la lecture de ces lignes il m'est impossible de ne pas penser à ces Ottomans qui demandaient le mandat américain à la fin de la Première guerre mondiale...
C'est triste.

Ce qui est triste aussi; pour medar69 le problème est religieux : sunnite contre chiite, il le pense ainsi car apparemment le PM turc pense aussi de cette manière.

Maintenant que medar69 m'explique ce que c'est le printemps arabe, moi je vois mal les choses, certes Kaddafi est parti mais qu'est-ce qui se passe en Libye par exemple?

Sinon, c'est vrai que Davutoglu avait débuté avec le slogan "zéro problème avec les voisins". Là où nous sommes on atteint un niveau de dangerosité important.
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MessagePosté le: 02 Aoû 2012 2:08    Sujet du message: Répondre en citant

medar69 a écrit:
cette crise a bien servi les interets de ceux qui sont contre le rassemblement du monde arabo musulman .


Quels sont ces états qui seraient contre un hypothétique rassemblement du monde arabo-musulman? Il y aurait une union de plusieurs états contre cette idée?


medar69 a écrit:
Les mouvements kurdes au nord de le syrie ne sont qu'une manipulation d'assad , une représaille vis a vis de la turquie .


Les mouvements kurdes du nord de la Syrie existent depuis très longtemps, ils se sont renforcés au temps des deux guerres du Golfe. Apo ne se serait-il réfugié en Syrie si des mouvements kurdes importants n'y prenaient pas place?
Entre Halep et la frontière turque, tout le territoire est controlé par les milices kurdes de la même façon qu'au nord de l'Irak, ce dernier est quasiment indépendant de Bagdad, aussi depuis les guerres du Golfe. Esad ne eut pas avoir laissé toute une partie de son territoire uniquement pour embêter les turcs, çà n'a pas de sens.

medar69 a écrit:
Il n'est pas juste de dire que toute la population du sud est anatolien
soutiens le pkk , ce n'est meme qu'une minorité.


Vaste question. Si on accepte l'idée que le Bdp est la branche politique légale du pkk, il suffit de regarder les résultats des élections. Est-ce un hasard si les leaders du Bdp sont les seuls à se préoccuper des tombes des combattants pkkistes? Le pkk est le mouvement violent qui ne représente pas toute la population kurde de l'anatolie du sud-est, mais qui a sa sympathie. Si ce mouvement était réellement ce que dit le gouvernement, c'est à dire quelques milliers de combattants, il aurait été éradiqué depuis belle lurette. Ceci est le signe que le pkk se renouvelle de façon massive car sa base de soutient est régionale.



medar69 a écrit:
Cette etat kurde pretendu n'est qu'imaginaire IL n'existe pas , un pays ne peu exister que en etant reconnu par ses voisins dabord et l'ONU.

Est ce que c'est le cas ? non

C'est pas parce que une poignee de kurde marche sur une route desende deux ou trois drapeaux , qu'ils ont l'influence au nord de la syrie



Au nord de l'Irak, cette zone est reconnue par l'otan et des accords notamment de survol par des avions militaires y est étroitement réglementé. Pour passer de cette zone vers le sud, il faut passer un poste de contrôle tenu par des soldats kurdes qui ne sont plus des milices. La Turquie investit massivement dans cette partie de l'Irak sans avoir le même accès vers le reste du pays, c'est le signe que cette zone a un statut d'indépendance de fait, même s'il ne forme pas un état indépendant en tant que tel.



medar69 a écrit:
La turquie ne craint personne ,et protegera toujours le moindre centimetre de territoire oui selon barzani elle parle beaucoup agit militairement moins ,car elle prefere la diplomatie, alors que le pays a une croissance remarquable ,pourquoi s'embourber dans une guerre qui risque de faire fuir tous les capitaux etranger

Ce n'est pas le moment d'avoir une guerre il faut grandir encore ,et proteger nos frontieres tout ce qui est en dehors comment peut il le gerer
.

La paralysie et l'inaction turque actuelle dans cette région, c'est çà que tu appelles la préference diplomatique? Un avion turc est abattu et Erdo n'a fait qu'aboyer. Le gouvernement n'a toujours pas donné d'explication valable à ce fait. On se demande d'ailleurs si çà a bien eu lieu. Le même flou, la même inaction du gouvernement qu'avec l'affaire du massacre d'Uludere. Le gouvernement turc fournit des armes aux insurgés sÿriens dont les kurdes font aussi partie, c'est peut-être ce qui détermine cette inaction, on attend que les choses évoluent pour agir. Contradiction? Certainement. C'est ce que j'écrivais plus haut dans mon message précédent, la Turquie fait partie d'un jeu plus vaste où elle n'a pas de contrôle, l'existence et la maintenue du gouvernement actuel est également une partie de ce jeu.
Les capitaux étrangers ne sont toujours pas là pour ton information. Ils sont même en deça de ce qu'un pays à forte croissance devrait connaître, moins de 20 milliards de dollars. L'économie turque ne représente toujours que 1% de l'économie mondiale, comme en 2000. La croissance économique turque ne bébéficie qu'à une partie seulement du pays. En 2000 un stambouliote gagnait 3 fois plus qu'un habitant de Mus,
aujourd'hui il gagne 8 fois plus!! Ce qui montre que les "yandas medya" font bien leur boulot de désinformation et de manipulation des chiffres, et je ne parle pas du désert des réformes sociales censées protéger les citoyen et du droit de grève que l'Akp a tout bonnement détruit pour créer un monde de rêve pour le patronat. Les inégalités sociales ont créé un gouffre entre les régions du pays.


medar69 a écrit:
Moi je peu vous dire que tant que la turquie sera la en toute integrité ,il n'y aura pas de kurdistan.


Il y a bien déjà deux petits Kurdistan en Syrie et en Irak et beaucoup et de plus en plus de mini Kurdistans dans les banlieues d'Istanbul et d'Ankara, des guettos comme dans certaines banlieues françaises. Je te défie d'aller en plein coeur du quartier de Bagcilar à Istanbul avec un drapeau turc sans te faire tabasser. Une situation d'urgence permanente est en place en Anatolie du sud-est depuis quelques années, le gouvernement fait tout pour minimiser les informations de révoltes dans cette région. A ton avis, pourquoi les investissements ne décollent toujours pas dans cette région?
A ton avis pourquoi les kurdes sont de plus en plus insistants pour l'utilisation de leur langue en tant que première langue à l'école?
Une zone autonome de type fédéral est la seule solution comme en Espagne si on ne veut pas que la guerre civile frappe à notre porte, et on en est tout proche.
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