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Immigration, émigration, migration...

 
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murat_erpuyan
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Inscrit le: 30 Jan 2006
Messages: 11223
Localisation: Nancy / France

MessagePosté le: 05 Avr 2024 17:35    Sujet du message: Immigration, émigration, migration... Répondre en citant

Citation:

Hein de Haas : "L’idée de grandes vagues de migrations climatiques est très improbable"

Propos recueillis par Thomas Mahler
L'Express, le 05/04/2024


Idées. Insécurité, impact économique, migration climatique… Auteur de "How migration really works", le chercheur néerlandais remet en cause de nombreux "mythes" sur l’immigration.


C’est un livre indispensable qui montre à quel point la droite comme la gauche propagent des "mythes" sur l’immigration, sans doute le sujet le plus clivant de notre époque. Paru en anglais, How migration really works a été salué par les journaux de tout bord (Financial Times, The Guardian, Wall Street Journal…). Son auteur, Hein de Haas, est professeur de sociologie à l’université d’Amsterdam et le co-fondateur de l’International migration Institute (IMI) à Oxford. Dans son livre, le chercheur passe au crible nombre d’idées reçues, de l’impact des migrants sur l’économie d’un pays aux migrations climatiques. Pour L’Express, il explique pourquoi les flux migratoires n’ont pas atteint un pic historique et pourraient bien diminuer à l’avenir, pourquoi la croissance économique et la pénurie de main-d’oeuvre s’opposent aux discours très fermes des dirigeants de droite, et pourquoi l’image misérabiliste et victimaire de migrants fuyant la misère ou manipulés par des passeurs, véhiculée par les associations pro-migrants, ne correspond pas à la réalité.

L’Express : Pourquoi critiquez-vous les "mythes" sur l’immigration à droite comme à gauche, chez les anti-immigration comme chez les pro ?

Hein de Haas : J’ai réalisé, au cours de mes recherches, que les deux côtés exagéraient sur le sujet. Du côté de l’extrême droite, on crée l’image d’une invasion et on veut mettre un terme à l’immigration. Mais du côté d’associations humanitaires, d’ONG ou d’organismes comme le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), il y a aussi la tentation, apparemment pour obtenir des financements, d’exagérer les chiffres en communiquant par exemple sur un nombre jamais vu de réfugiés, ou en donnant une image très misérabiliste et victimaire de l’immigration. On observe désormais le même phénomène avec les discours sur la soi-disant "migration climatique". A gauche comme à droite, mais pour des motifs différents, cela contribue ainsi à cette vision que nous vivrions une crise migratoire mondiale inédite, ce qui est faux.


Ne sommes-nous pas passés de 93 millions de migrants dans le monde en 1960 à 247 millions en 2017 ?

Pour voir s’il y a une accélération des flux migratoires, il faut mettre ces chiffres en rapport à la population mondiale, qui est passée d’environ 3 milliards en 1960 à 7,6 milliards en 2017. En part de la population, on constate ainsi que le niveau relatif des migrations est resté stable, aux alentours de 3 %. De surcroît, les chiffres passés sont sans doute sous-estimés, puisqu’une part importante des migrations n’a pas été recensée depuis longtemps.

Au niveau mondial, on ne peut ainsi pas parler de crise migratoire inédite. En revanche, ce qui a changé, c’est la place de l’Europe. Pendant des siècles, ce continent a été celui des colons et des émigrés. Ce schéma s’est inversé après la Seconde Guerre mondiale avec le recrutement des migrants hors d’Europe. La croissance économique, l’augmentation des niveaux d’éducation, le vieillissement de la population et l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail dans les pays occidentaux ont notamment alimenté la demande de main-d’œuvre. Les Européens ont cessé d’émigrer en masse vers d’autres continents. Cela a changé la composition des migrants, venus de plus en plus de pays non-européens, en particulier du Maghreb et de l’Afrique Occidentale. Il est logique que cela génère un débat politique.

Aussi pour les réfugiés, on observe au niveau des chiffres qu’il peut y avoir des crises ponctuelles liées à des conflits violents, comme la guerre en Ukraine ou la guerre civile en Syrie. Ce fut aussi le cas avec l’invasion soviétique en Afghanistan en 1980 qui a produit 5,8 millions de réfugiés jusqu’au retrait soviétique en 1989, ou avec le génocide rwandais en 1994 qui a provoqué le départ de 2,3 millions de personnes, soit un tiers de la population de ce pays. A long terme, il n’y a pas d’accélération du nombre de réfugiés. Un migrant sur dix dans le monde est un réfugié, soit 0,3 % de la population mondiale, et ce pourcentage est resté remarquablement stable sur le long terme.

Si l’Europe est devenue une terre d’immigration, la France a une immigration relativement faible par rapport à d’autres pays. Les immigrés représentent environ 10 % de la population française, contre 15 à 20 % dans la plupart des pays d’Europe occidentale. C’est partiellement lié au taux de fécondité qui était plus élevé en France, à un taux de chômage également plus élevé, ainsi qu’à un manque de politiques efficaces pour attirer les talents. Les données montrent bien que si le chômage est bas, l’immigration économique augmente, comme on l’a vu en Allemagne ou au Royaume-Uni, pays marqués par une forte augmentation de l’immigration depuis les années 1990.


“La meilleure façon d’intégrer, c’est encourager la participation économique de ces populations”

Certes, mais beaucoup de personnes pensent que l’intégration ne fonctionne plus aujourd’hui…

A long terme, l’intégration fonctionne. Des recherches ont par exemple montré qu’aux Etats-Unis, les enfants d’origine latino ou asiatique apprennent aujourd’hui l’anglais bien plus rapidement que ceux d’origine allemande ou italienne il y a un siècle. En France également, l’intégration de la plupart des groupes de migrants est une réussite.

Les enfants d’immigrés faiblement qualifiés atteignent des niveaux d’éducation bien plus élevés que leurs parents. Mais à court terme, des problèmes existent. En Europe occidentale, on a longtemps considéré – et traité – les immigrés venus d’Afrique ou de Turquie comme des ouvriers, et pas des êtres humains, négligeant ainsi les problèmes dans les quartiers où ils habitent. Il y a eu une négligence des problèmes liés au chômage de longue durée, surtout dans la période de récession des années 1970 et 1980.

Mais à long terme, quand on regarde les évolutions économiques sur la deuxième ou troisième génération, on constate des progrès importants. Une étude récente de l’Ined montre que 33 % des enfants d’immigrés sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 5 % chez leurs parents – et 44 % des petits-enfants d’immigrés, soit le même pourcentage que chez les jeunes Français non issus de l’immigration. Les enfants de migrants originaires d’Afrique hors Maghreb et d’Asie sont même plus souvent diplômés du supérieur que les descendants de natifs.

La meilleure façon d’intégrer, c’est encourager la participation économique de ces populations, en favorisant l’accès à l’éducation, au travail et au logement – et surtout de lutter contre la discrimination sur le marché du travail. Une récente étude sur la discrimination à l’embauche dans neuf pays occidentaux a montré que la France avait les taux de discrimination les plus élevés : les candidats "blancs" reçoivent près de deux fois plus de rappels que les candidats issus de l’immigration ayant des qualifications similaires.


Vous semblez critique sur l’idéologie multiculturaliste…

En France, cela n’a jamais représenté une idéologie en vogue. Mais on peut considérer le multiculturalisme comme un produit de ces années de négligence dont je vous parlais, avec cette pensée magique que les migrants finiraient par rentrer chez eux ou que les problèmes de marginalisation et de discrimination se résoudront d’eux-mêmes. En Allemagne et aux Pays-Bas, ces discours ont été très présents, à l’image des classes d’arabe pour les élèves d’immigrés marocains, utilisées afin de préparer ces enfants à retourner dans leur pays d’origine. Plus tard, on a redéfini le multiculturalisme comme une politique pour l’intégration, mais au départ, il s’agissait d’une vraie politique ségrégative, causée par un refus politique d’accepter réellement la permanence de cette immigration.

L’autre grand problème a été l’habitat. Les populations issues de l’immigration se sont concentrées dans de nouveaux quartiers de banlieue, ce qui a créé des problèmes. Mais si on regarde bien, le niveau de ségrégation entre groupes ethniques n’est pas si élevé en France. Les difficultés ont été concentrées dans certaines banlieues, mais celles-ci ne sont pas représentatives de l’intégration des immigrés dans leur ensemble. Le niveau de mariages mixtes y est aussi plus élevé qu’ailleurs. On se focalise sur les problèmes, mais il y a aussi beaucoup d’exemples dans votre pays d’intégrations très réussies.

“A long terme, la grande question ne se résumerait plus à comment on peut arrêter l’immigration, mais plutôt comment attirer une immigration de talents.”

Comment vont évoluer les flux migratoires à l’avenir dans le monde ?

D’abord, le taux des migrations au niveau mondial n’a pas augmenté depuis soixante-dix ans. Ensuite, la technologie a un effet ambigu sur l’immigration. D’un côté, elle rend le mouvement migratoire plus facile. Mais de l’autre côté, le télétravail, le commerce ou les délocalisations d’industries vers d’autres pays tendent plutôt à réduire ces mouvements. Le capital va vers la main-d’œuvre, bien plus que la main-d’œuvre va vers le capital.

Il faut aussi prendre en compte le changement démographique mondial. Par exemple, la Turquie, le Maroc ou la Tunisie ont déjà des taux de fécondité autour de 2 enfants par femme. A long terme, ils vont assister à un vieillissement de la population, ce qui augmentera l’immigration dans ces pays. La Turquie est déjà devenue un pays d’immigration, même avant la crise syrienne. Enfin, le passage des populations de la campagne à la ville a, depuis la Révolution industrielle au début du XIXe siècle, alimenté les migrations. Les pays occidentaux sont déjà très majoritairement urbains, de même que la plupart des pays à revenu intermédiaire en Asie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient. En Chine, 63 % de la population vit par exemple dans des zones urbaines, pour 77 % en Turquie, 75 % en Algérie et 65 % au Maroc.

A long terme, la grande question ne se résumerait plus à comment on peut arrêter l’immigration, mais plutôt comment attirer une immigration de talents.


La majorité de l’immigration répond selon vous à une demande économique. Pourquoi ?

Si on regarde sur le long terme, les flux migratoires sont clairement liés, en majorité, à l’économie, à travers un besoin de main-d’œuvre, comme on l’a vu dans les années 1960-1970 en Europe, avec une demande pour des ouvriers dans les usines et les mines. Outre le besoin persistant de main-d’œuvre, il y a aussi de plus en plus de demandes pour une immigration qualifiée. En France, jusqu’à récemment, cette immigration économique reste relativement faible par rapport à ses voisins européens. Aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni, la pression démographique est déjà beaucoup plus forte.

Il y a vingt ans, nous pensions que nous n’aurions plus besoin de main-d’œuvre pour les services ou l’agriculture. Mais c’était faux ! Il y a de plus en plus de pénuries dans les secteurs de la construction, de l’agriculture ou des services personnels.

L’année dernière, l’opinion publique française était indignée parce que l’entreprise de construction du village olympique de Paris avait embauché des travailleurs clandestins venus du Mali, du Maroc, de Turquie et d’autres pays, mais tout le monde a également compris que sans eux, le spectacle ne pourrait pas continuer. C’est un secret de Polichinelle que les migrants font un travail nécessaire. Mais le fait de dire qu’un ingénieur marocain ou sénégalais soit le bienvenu reste socialement plus acceptable qu’un travailleur immigré en cuisine.


Vous critiquez aussi l’idée reçue que les migrants fuient principalement la misère…

La migration coûte cher, surtout à longue distance. Comme je vous le disais, l’exode rural lié à l’urbanisation est la principale cause des migrations. Comme chez nous par le passé, beaucoup de jeunes ne veulent plus travailler dans les champs. Et c’est dans les zones urbaines que les jeunes de mieux en mieux éduqués ont plus de chances de trouver du travail. L’éducation accroît donc les aspirations migratoires. Mais il y a bien plus de migrants internes au sein des pays que d’immigration internationale. Quatre cinquièmes de tous les migrants dans le monde sont des migrants internes.

En revanche, quand un pays se développe, l’éducation et les ressources augmentent les aspirations et les capacités des personnes à migrer, même dans le cadre de l’immigration clandestine. Un tel périple peut facilement coûter un salaire d’une année. Pour les plus pauvres, cela n’est donc pas une option. L’immigration est d’ailleurs souvent un projet familial. La plupart le font pour des décisions rationnelles et des logiques économiques, ce n’est pas une immigration folle avec des personnes manipulées par des passeurs.

Ce n’est pas une coïncidence s’il existe une forte corrélation entre la conjoncture économique et les niveaux d’immigration dans les pays de destination. Après la crise de 2008, très peu de Marocains ont par exemple quitté leur pays. Mais avec la baisse du chômage et le retour de la croissance économique en Espagne, les Marocains ont recommencé à partir. Quand le chômage est élevé, comme chez nous dans les années 1980, l’immigration est plus faible, se concentrant sur le regroupement familial.

Bien sûr, certains migrants échouent dans leurs projets. Mais en général, il y a une logique économique forte dans la décision d’émigrer. Or nous avons du mal à admettre cela.


Quelles sont les conséquences économiques de l’immigration sur les salaires, la croissance ou le système de sécurité sociale ?

La conclusion des économistes, c’est que l’impact est très faible. Il y a des débats méthodologiques : faut-il par exemple inclure la deuxième génération ou non ? Mais tous les économistes ayant fait des études sérieuses disent que l’effet est essentiellement négligeable. Cela contredit le discours selon lequel "l’immigration de masse" marquerait la fin de l’Etat-providence, ou alors à l’inverse celui selon lequel elle serait la solution à tous nos problèmes, y compris le vieillissement. Les niveaux d’immigration sont trop faibles pour avoir un tel impact. Quant au vieillissement, on voit que des immigrés viennent eux-mêmes de pays déjà en pleine transition démographique, comme la Turquie ou le Maroc, avec une baisse des taux de fécondité. En France, il faudrait par exemple treize fois plus d’immigration que les niveaux actuels pour stabiliser la situation sur le plan démographique.

Sur le plan économique, les gagnants sont surtout les entreprises et les classes aisées qui profitent de cette main-d’œuvre bon marché. En ce qui concerne le chômage, les migrants sont souvent complémentaires de la force de travail dans un pays. Il n’y a donc guère de compétition entre migrants et non-migrants sur le marché du travail. La principale compétition, c’est plutôt entre migrants et ex-migrants, ce qui explique pourquoi des populations issues de l’immigration peuvent ensuite s’y opposer. En revanche, il est clair que ce sont les populations les plus pauvres qui profitent le moins économiquement de l’immigration, mais sont plus directement confrontées aux changements de la migration dans leur vie quotidienne, ce dont bénéficie l’extrême droite, qui exagère les faits. Aux Pays-Bas, l’extrême droite associe par exemple la crise du logement à l’immigration, alors que celle-ci est principalement due à une baisse du financement ainsi que la privatisation des logements sociaux. Mais il est politiquement plus facile d’accuser l’immigration.

Quoi qu’il en soit, les élites et les classes moyennes supérieures sont devenues aveugles sur le fait que les effets économiques et sociaux de l’immigration ne sont pas répartis de manière égale. Les populations à hauts revenus ne vivent pas au quotidien les changements sociaux que peut provoquer l’immigration, contrairement à ceux à faibles revenus – y inclus des ex-migrants – qui habitent dans les quartiers pauvres où les immigrants se concentrent. Ce sont donc bien plus eux qui sont sensibles à cette question.

“Quand les Français ont fait des grèves pour protester contre le report de l’âge de départ à la retraite, ils se sont implicitement mobilisés pour l’immigration future”

Qu’en est-il du lien entre immigration et insécurité ?

Il faut distinguer les générations. Les immigrés ont des taux de criminalité plus bas que la moyenne, car ils sont généralement désireux de réussir. Les immigrés ont également un profil assez sélectif. Ils veulent travailler et sont souvent issus d’un milieu plutôt traditionaliste, marqué par un fort contrôle social.

En revanche, dans les générations suivantes, des problèmes peuvent émerger auprès d’une minorité qui a une trajectoire d’assimilation vers le bas, c’est-à-dire que ces descendants d’immigrés intègrent des quartiers ségrégés où accumulent problèmes sociaux et familiaux, généralement liés à un taux de chômage important. On l’a vu dans le passé, comme avec les Italiens aux Etats-Unis. Or ce sont souvent le chômage à long terme, la pauvreté et l’exclusion économique qui provoquent un taux de criminalité plus important.

Aujourd’hui, les classes les plus pauvres sont souvent issues de l’immigration, ce qui explique partiellement une surreprésentation dans les statistiques. Il faut souligner que le contrôle au faciès joue un rôle important dans cette surreprésentation, mais la principale cause, c’est que les politiciens ont ignoré et n’ont pas réussi à répondre aux problèmes d’exclusion et de ségrégation des populations logées dans certains quartiers. Encore une fois, l’accès au travail est la meilleure solution aux problèmes. L’ironie, c’est que les taux de criminalité ont baissé considérablement dans les pays occidentaux depuis les années 1980, alors même que l’extrême droite ne cesse de mettre en avant la fausse idée que la criminalité augmente, et que celle-ci serait liée à l’immigration.

Dans le livre, vous ironisez sur les Français, qui se sont opposés à la réforme des retraites tout en étant très majoritairement contre l’immigration…

Quand les Français ont fait des grèves pour protester contre le report de l’âge de départ à la retraite, ils se sont implicitement mobilisés pour l’immigration future. Car augmenter l’âge de départ à la retraite est une façon indirecte de freiner, un peu, l’immigration. Les Japonais ont ainsi fait le choix de travailler jusqu’à plus de 70 ans, tout en ayant des niveaux relativement bas d’immigration comparés à d’autres pays, bien que le Japon ait également été contraint d’accepter l’immigration à cause des pénuries pressantes de main-d’œuvre.

Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que la croissance économique et les pénuries de main-d’œuvre qui en résultent sont le principal facteur déterminant les niveaux d’immigration. Les politiciens aiment représenter la politique de l’immigration comme un robinet qu’on ferme ou ouvre. Mais c’est faux. La réalité est que les niveaux d’immigration dépendent de la conjoncture économique. Lorsque l’économie connaît une croissance rapide et que les pénuries de main-d’œuvre deviennent pressantes, de nombreux migrants viennent. En période de récession et de montée du chômage, moins de migrants viennent et d’autres repartent.

Outre l’immigration familiale, les immigrés qualifiés et les étudiants représentent des catégories de plus en plus importantes. C’est l’effet d’un besoin grandissant d’une immigration de travail, même si la France a du mal à attirer les talents internationaux. Auparavant, l’immigration venue de l’Est était dominante dans des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Mais cette source de main-d’œuvre est en train de disparaître, parce que l’économie polonaise se porte très bien, et que la démographie des pays de l’Est est en baisse. Pour cette raison, l’immigration non européenne augmente.


Dans les faits, les gouvernements de droite sont-ils plus fermes en matière d’immigration que ceux de gauche ?

Non, parce que ça va à l’encontre de tous les intérêts économiques. Un lobby d’employeurs ne veut pas fermer les frontières du tout. Par ailleurs, les règles de l’Union européenne limitent aussi les restrictions à la circulation des personnes. En outre, cette idée d’une "forteresse Europe", lancée au début des années 1990, a tout d’un mythe. Pendant plus de trois décennies, nous avons essayé de fermer les frontières extérieures, mais nous avons échoué, car il est effectivement impossible de contrôler 44 000 kilomètres de côtes méditerranéennes (si on inclut les îles). Mais l’élément le plus important, ce sont les intérêts économiques. Il y a un écart très grand entre d’un côté les discours, avec des responsables politiques qui aiment afficher leur fermeté contre l’immigration, ou les pactes que nous signons avec des pays comme le Maroc ou le Sénégal, et de l’autre la réalité. Il y a aujourd’hui toute une symbolique pour montrer qu’on veut attaquer le problème de front. Mais dans la pratique, ces accords avec les pays du sud ne fonctionnent pas. Il faudrait transformer l’Europe en une sorte de Corée du Nord pour vraiment fermer les frontières.

Tous les partis politiques sont ainsi confrontés à cette réalité. En fait, ils sont divisés en interne sur la migration. A gauche, les syndicats étaient traditionnellement opposés au recrutement d’immigrés, considérant l’immigration comme une stratégie des industriels pour diviser la classe ouvrière. Mais il y a également tout un courant tourné vers les droits de l’homme, et donc plutôt pro-immigration. A droite, le courant culturellement conservateur estime que l’immigration est une menace pour notre identité ou même civilisation. Mais il y a aussi des courants pro-économiques qui voient leur intérêt dans l’immigration. Quand nous allons au restaurant, quand nous commandons des produits en ligne ou que nous utilisons un taxi, nous voyons bien que ces postes sont occupés par des personnes issues de l’immigration. C’est ancré dans notre quotidien. Mais politiquement, il y a une grande hypocrisie qui tend à nier cette réalité fondamentale.


L’immigration ne remet-elle pas en cause la cohésion sociale d’un pays ?

La cohésion sociale est principalement liée à des facteurs non liés à l’immigration. Par exemple, les inégalités jouent un rôle important. 15 % des Américains sont des immigrés, ce qui est comparable à des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, où la cohésion sociale est pourtant bien plus élevée.

Au niveau local, l’immigration peut poser un réel défi dans certains quartiers, mais peut dans d’autres cas aussi augmenter la cohésion sociale. Mais au niveau national, ce sont surtout plus les inégalités socio-économiques qui ont un effet négatif sur la cohésion sociale. En tout cas, l’idée qu’une baisse de l’immigration résoudrait tous ces problèmes est parfaitement illusoire.


Pourquoi critiquez-vous aussi les discours sur les migrations climatiques ?

L’idée que dans le futur, il y aura de grandes vagues transnationales de migrants à cause du réchauffement climatique est très improbable. Les études empiriques sur les effets des catastrophes écologiques comme les sécheresses ou les inondations montrent qu’une grande majorité de la population veut rester le plus proche possible de son lieu d’origine, ou y revenir. Par ailleurs, les migrations sur longues distances demandent beaucoup de ressources. Or les principales victimes du réchauffement, comme des paysans dans les pays sahéliens, sont des populations qui n’ont généralement pas ces moyens. Je ne nie bien sûr pas les effets dramatiques du réchauffement climatique. Mais le relier au spectre d’une immigration de masse, comme le font les activistes, est très discutable. C’est en plus dangereux, car cela amplifie cette idée que l’immigration serait une menace majeure pour l’avenir. L’ironie, c’est que ces discours portés par certains écologistes ne font qu’aider l’agenda de l’extrême droite.

Thomas Mahler
Directeur adjoint de la rédaction




https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/hein-de-haas-lidee-de-grandes-vagues-de-migrations-climatiques-est-tres-improbable-K3BQA6QEKRB2JCN4W47VTNCA2Y/
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