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Qui se souvient du 27 mai 1960? (souvenirs d'enfance)

 
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Auteur Message
Raskolnikoff
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Inscrit le: 09 Oct 2007
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MessagePosté le: 27 Mai 2012 17:35    Sujet du message: Qui se souvient du 27 mai 1960? (souvenirs d'enfance) Répondre en citant

La date du 27 mai constitue un tournant, à maints égards, dans l'Histoire de la jeune démocratie turque....
A cette époque, j'étais élève en section préparatoire du Lycée de Galatasaray, et pensionnaire dans le bâtiment à Ortaköy, sur les rives du Bosphore.
Ma famille stambouliote, très attachée aux principes républicaines et laïques, et à la démocratie à l'occidentale, avait trouvé que Menderes et son équipe du Parti Démocrate constituaient au départ "une chance pour la Turquie", après des années de privation de la Guerre, et un régime de parti unique sous la férule d'Inönü. Pour ma proche famille, le passage au multipartisme était une donne, et constituait un jalon nécessaire dans la réalisation des idéaux républicains. Ils étaient très vite désenchantés par les atteintes à la laïcité, les tentations autoritaires du pouvoir qui surpassaient celle d'Inönü et les "évènements" des 6-7 septembre au cours desquels les biens appartenant aux non-musulmans ont été pillés à Istanbul, lors des "pogroms" organisés par le Parti démocrate en 1955. Dans notre entourage, nous fréquentions nombre de grecs, juifs et arméniens, de même que nous comptions dans la proche famille et le cercle d'amis, des "dignitaires" du Parti démocrate. En été, il n'était pas rare que nous nous rendions à la résidence estivale de Hadi Hüsman, ministre des la Douane et des Monopoles (et oui, à l'époque il y avait le monopole -Tekel- d'Etat sur alcools et tabacs) à Florya, et je m'étais baigné à côté de Menderes, en 1959, moins d'un an avant sa destitution. Comme tout enfant, j'étais admirateur de certains de mes "ainés", et suivais attentivement leurs conversations, de plus en plus dissidentes. Mon père ne votait plus depuis 1950, écrivait des poèmes qui critiquait Menderes, et ils nous les lisait dans un cercle étroit. Quand les manifestations ont éclaté au printemps 60, il y avait participé malgré son âge relativement avancé. Je voyais les journaux censurés, avec des des pages en blancs, des articles et informations supprimés, et cela était un sujet de raillerie. Les radios d'Etat lisaient de longues listes de "citoyens" ayant adhéré au "front patriote" de Menderes, et on me disait qu'on y inscrivait des morts et des fantômes, alors que les juristes, universitaires et intellectuels qui s'opposaient aux pouvoirs étaient poursuivis. En Avril 1960, beaucoup de surveillants d'étude de mon école sont revenus un soir couverts de bleus, certains saignaient. Ils avaient participé aux manifestations des 28-29 Avril. Mon père lui-même s'était réfugié dans une porte cochère pour ne pas recevoir de coup.... Et les évènements du 5 Mai (555K = 5 Mai à 5 heures place de Kizilay à Ankara) au cours desquels Menderes en personne était pris à partie par les étudiants ont été accueillis avec joie. Tout le monde disait que sa fin était proche. Fort de son électorat, composé essentiellement des "caciques" de province, des parvenus du nouveau régime et des traditionalistes, dont les nouveaux migrants de l'intérieur, il s'était senti suffisamment puissant pour faire fi de la démocratie, et s'en prendre avec violence aux opposants éclairés.
Le matin du 27 mai, nous étions consignés à l'école sans vraiment comprendre ce qui se passait. Depuis plusieurs semaines, nous entendions les déclarations des commandements d’État martial énumérant les interdits, et ce matin là, la voix roque d'un colonel (j'ai su plus tard, celle de Türkes, qui sera vite éloigné du Comité de la junte, et fondera ultérieurement, le parti d'extrême droite MHP) annonçait que le Parti démocrate dont la pratique anti-démocratique avait créé le chaos et monté les franges de la société les unes contre les autres, était écarté du pouvoir par le Comité d'Union Nationale. Des arrestations s'ensuivaient, ainsi que des procès. Les dignitaires du Parti démocrate, ministres, députés, haut-fonctionnaires, et militaires de haut rang qui les avaient soutenus étaient enfermés sur une ile au large d'Istanbul. Tous les soirs à la radio, nous suivions le déroulement du procès retransmis. Entre temps, le Comité a éclaté, les partisans de Türkes éloignés du pouvoir. Des milliers de militaires ont été mis en retraite forcée, des centaines d'enseignants éloignés de l'Université. Au cours des procès de 1961, qui se sont transformés en règlement de compte loin de toute considération de justice digne de ce nom, et multipliant les atteintes à la vie personnelle des accusés, Menderes, premier ministre, Polatkan, ministre des finances, et Zorlu, ministre des affaires étrangères, ont été pendus. La junte militaire a transmis le pouvoir au civil très rapidement, comme promis, et après un court intermède de gouvernement Inönü qui a déjoué deux tentatives de coup d'Etat, le pouvoir a été repris par les "seconds couteaux" de Parti démocrate dont Demirel qui a battu des recors de longévité, à travers deux autres coups d'Etat et des coalitions avec les religieux et l'extrême droite. La Constitution démocratique et libérale de 1961, adoptée par référendum a cependant beaucoup contribué à l'éclosion dans le pays, d'un climat d'échanges d'idées, et d'un foisonnement qui faisaient cruellement défaut dans les années 50. Dans ce nouvel environnement, la création artistique et littéraire s'est développée, parallèlement à la diffusion de textes et d'auteurs jusqu'alors condamnés à demeurer sous le manteau. Le lecteur turc a eu l'occasion de lire dans le texte le grand poète Nazim Hikmet, et les classiques du marxisme longtemps interdits.
Avec le recul, je me rends compte aussi à quel point les exécutions consécutives au 27 mai ont contribué à entretenir dans la société turque, des plaies non cicatrisées jusqu'à nos jours, au même titre que les exécutions de militants révolutionnaires dans les années 70, et les exactions du climat de guerre civile larvée, et l'intervention militaire des années 80, dans un pays divisé en camps ennemis.
Et pourtant, les manifestants d'Avril et de Mai 1960 avaient fait d'un vieux chant patriotique, leur devise : "le frère ne tire pas sur son frère!".
Je me dis aujourd'hui, que si l'Histoire ne se répète pas forcément, il y a des leçons à en tirer, en bien et en mal.
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Родион Романович Раскольников
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MessagePosté le: 28 Mai 2012 10:10    Sujet du message: Répondre en citant

Hormis les condamnation à la peine capitale, je pense que cette première intervention n'a pas reçu l'aval des E.U. et s'est soldé sur une constitution extrêmement progressiste.

Là je ne me souviens pas ! MGK était-il instauré à cette époque?
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Raskolnikoff
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MessagePosté le: 28 Mai 2012 14:59    Sujet du message: Répondre en citant

Le Coup d’État du 27 mai était l’œuvre d'officiers, pour la plupart subalternes (colonels, majors, lieutenants...) qui se sont constitués en Comité d'Union Nationale (MBK, à ne pas confondre avec le MGK, Comité de Sécurité Nationale des années 80) de 38 membres. A l'origine de l'intervention, ils étaient 37, et conscients des difficultés à diriger le pays et s'imposer à l'armée avec leurs grades, ils ont coopté au dernier moment un général en disgrâce du pouvoir, et pratiquement en pré-retraite, Cemal Gürsel, pour en faire chef du Comité et plus tard, président de la République.

Le 27 Mai était certes la conséquence d'un mécontentement profond dans le pays face aux dérives anti-démocratiques du pouvoir, et était consécutif au mouvement de jeunesse d'Avril et Mai 1960. La nouvelle constitution adoptée en 1961 par référendum (avec 60 % des voix) a été élaborée par des juristes progressistes, et j'ai précisé ci dessus, qu'elle a constitué de fait un cadre et créé un environnement favorable au foisonnement et d'échanges d'idées en Turquie, à l'éclosion de mouvements jusqu'alors condamnés à agir en clandestinité.

Quant à "l'aval US", certains analyses ont souligné le "timing" de l'intervention. Le Gouvernement Menderes se débattait dans des difficultés économiques, (*) liées en grande partie à l'insuffisance de l'aide US pour financer les grands projets, tels que la Sidérurgie, et se tournait vers les Soviétique pour obtenir les prêts nécessaires. Un voyage de Menderes à Moscou était prévu pour Juin, moins d'un mois avant l'intervention. de même, depuis les évènements des 6-7 Septembre qui avaient visé les minorités non-musulmanes, le gouvernement avait progressivement perdu sa notoriété et son "crédit moral" aux yeux des occidentaux, même si les victimes étaient partiellement dédommagées.
Dès le matin du 27 mai, les putschistes ont affirmé leurs attachement à l'Otan et aux autres pactes; Il n'est en fait pas exclu que l'establishment US ait pu craindre un moment une "dérive à la Nasser", à l'égyptienne, de Menderes, vers une neutralité qui détacherait la Turquie du bloc occidentale.....

Par ailleurs, les putschistes n'ont pas tenu toutes leurs promesses.
Outre les exactions commises contre les députés et ministres, lors de leurs arrestations et leur période de détention (**) les procès des dignitaires du Parti démocrate étaient loin de toute équité. La défense était baillonnée et des actes d'accusation mettaient en cause leur dignité personnelle (***). Des informations mensongères ont été diffusées sur les ondes et la presse (certaines, que j'ai entendues de mes oreilles d'enfant faisaient état de l'assassinat de centaines d'étudiants, broyés ensuite dans des combinats de viande.......)
Les membres du Comité, tronqué de l'aile proche du Colonel Türkes, se sont autoproclamés "sénateurs à vie" dans le nouveau Parlement issu des élections de 1961.
Des milliers d'officiers et des centaines d'enseignants ont été éloignés de la fonction publique.
Par une campagne de presse qui invitait les citoyens à faire don de leurs alliances en or pour contribuer au redressement du pays, une quantité impressionnante d'or a été récoltée, et cela à servi à la construction de logements pour officiers.......
Et, je le répète, les exécutions ont laissé des séquelles profondes dans la société.....

(*) je me rappelle des périodes de pénurie de denrées alimentaires à Istanbul. Il fallait faire la queue des heures durant pour acheter de la viande.....

(**) Hadi Hüsman, que j'ai cité ci dessus, donne des détails dans son livre de souvenirs relatant son arrestation et sa détention. Les députés et ministres étaient molestés, battus, insultés par des militaires subalternes. Lors des procès, le président de la Cour lance aux accusés "la force qui vous a fourré ici, veut cela.;" ce qui en dit long sur l'indépendance de la Justice......
Altemur Kilic, dont je "nourris" régulièrement le topic à son nom sur le forum, a maintes fois décrit le climat d'horreur régnant à Yassiada, l'ile où il était détenu en tant que Directeur d'information et de presse.

(***) A titre d'exemple, un procès a été intenté contre Menderes accusé d'avoir tué à la naissance, l'enfant qu'il a eu de sa relation adultère avec Ayhan Aydan, diva de l'opéra d'Ankara. C'était faux, l'enfant était mort-né. Ayhan Aydan récemment décédée était également de mon entourage familial. Ce type de mensonge a été utilisé par les putschistes pour discréditer Menderes et à l'obliger à répondre aux autres chefs d'accusation.

C'était les revers de la médaille du 27 mai.
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Родион Романович Раскольников
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