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cengiz-han
MessagePosté le: 10 Mar 2010 1:39    Sujet du message: Eastern Plays

Le Monde daté du 10 mars 2010
« EASTERN PLAYS »

L'EUROPE SANS ILLUSIONS DU BULGARE KAMEN KALEV
Suivant la trajectoire de deux frères,
" Eastern Plays " propose une sombre fable contemporaine
Jean-François Rauger
Itso et Georgi sont deux frères qui vivent dans la banlieue de Sofia. Itso est un ancien étudiant des beaux-arts apparemment désenchanté, ex-toxicomane en traitement qui travaille dans l'atelier d'un magasin d'ameublement. Georgi, sorti de l'adolescence, sèche l'école et fréquente un groupe de néonazis.
Georgi et ses copains s'en prennent un soir à un touriste turc venu à Sofia avec sa femme et sa fille. L'homme est tabassé et la famille ne doit son salut qu'à l'intervention d'Itso, présent par hasard sur les lieux de l'agression.
Durant les quelques jours qui suivent ce guet-apens, Itso se rapproche de la famille turque et surtout de la jeune fille, Isil, dont le père, hospitalisé, verra d'un mauvais oeil ce rapprochement, montrant finalement aussi peu d'ouverture d'esprit que les abrutis qui l'ont assommé.
Comme on le voit, derrière la peinture réaliste du parcours de ces quelques personnages sans qualités, produits par les cités dortoirs d'une métropole d'Europe de l'Est, se dissimule une fable contemporaine - et vraisemblablement la volonté de tirer des leçons générales à partir du parcours et des retrouvailles des deux frères.
Certes, Eastern Plays frappe d'abord par le sentiment d'authenticité qui s'en dégage. La mise en scène, privilégiant la caméra portée, contribue à alimenter le sentiment d'une plongée documentaire. Les acteurs sont mis dans la peau de personnages dont il est visible qu'ils leur ressemblent dans la réalité. Christo Christov, qui incarne Itso, auquel le spectateur s'attache tout particulièrement, fut d'ailleurs un authentique toxicomane et mourut avant la fin du tournage.
Repli identitaire
Mais, au-delà du simple récit, c'est en effet une peinture sans illusions de l'état des lieux et du devenir contemporain de l'Europe qui se dégage de cette oeuvre pessimiste. En ce début du XXIe siècle, le continent semble être hanté par le nihilisme, la confusion, la perte de repères et le repli identitaire. Toutes les péripéties vécues par les protagonistes et, au-delà, l'ambiance même du milieu décrit, semblent donner raison à la jeune Isil, qui, au détour d'une conversation, se désole d'une impression funeste, du sentiment d'une maladie de l'âme qui va peut-être, à terme, provoquer une catastrophe générale.
Le film de Kamen Kalev, qui fut sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2009 et marqua le retour de la Bulgarie au Festival de Cannes, n'est heureusement pas paralysé par une volonté trop démonstrative. Sa justesse de ton s'allie en effet à un réel talent dans la description d'une forme de dérive triste et poétique. Comme le prouvent les vingt dernières minutes du film.
Film bulgare de Kamen Kalev.
Avec Christo Christov, Ovanes Torosian, Saadet Isil Aksoy. (1 h 25.)

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